Très intéressant pour amateurs de danse et de l’histoire de la chorégraphie. Le récit est celui du créateur américain durant une trentaine d’années, lui qui créa pendant 70 ans ! Il s’agit essentiellement de ses débuts, le moment sans doute le plus radical de sa pensée. L’usage des corps sans narration, sans émotion, mais d’une vibrante beauté sur une musique très peu mélodieuse, essentiellement celle de John Cage, compagnon de vie du chorégraphe. Il faut bien admettre que cette musique dialogue admirablement par ses sonorités aléatoires, non harmoniques, à ce travail des corps qui vont chercher au bout d’eux-mêmes une sorte de pureté, d’exigence formelle, de transcendance, comme une transe sans danse. C’est très cérébral. Et passionnant.
Car au-delà du «simple» parcours de Merce Cunningham, c’est la légitimité de la création en rupture et en recherche permanente qui est interrogée. Des archives très élégamment «mises en page» sur l’écran nous permettent ce voyage dans l’espace et le temps. Des images, actuelles, colorées, en des lieux somptueux, avec des mouvements de caméra véritablement aériens témoignent à la fois de la pérennité de ce travail de recherche, de création, et de la beauté actuelle qu’il inspire encore. La réalisatrice propose un film clivant car si le charme n’opère pas, l’incompréhension peut faire des ravages. Le film est tourné en 3D ; je n’ai pas vu cette version. Mais une fois encore le cinéma nous emmène dans une dimension dont lui seul détient les secrets.