Vous seriez impardonnable si vous n’alliez pas voir ce film qui sort complètement de nos habitudes. D’abord parce qu’il est iranien et semble d’une liberté d’expression qui étonne. Vous allez devoir vous farcir les sous-titres car le film est construit sur les dialogues. Mais vous allez vous immerger dans un univers très inhabituel, celui d’une justice qui reconnait la loi du talion et qui se rend, en quelque sorte, sur les plateaux de télévision. Le film débute par l’arrivée d’une jeune femme menottée dans une ville hyper moderne. Elle est amenée dans des studios de télévision. L’unité de lieu (à une nécessaire exception près) et de temps (celui de l’émission) est rigoureusement respectée pour cette tragédie dont les enjeux et le déroulement sont passionnants à découvrir et leurs évolutions à suivre. L’histoire est à ce point spécifique qu’il n’en faut rien dire. Elle est vécue par une dizaine de protagonistes, tous d’une parfaite crédibilité. Les deux femmes qui sont l’objet de l’émission, le présentateur complétement étrange, le chef responsable producteur, l’équipe télé du direct, d’autres encore qui jouent des rôles complexes que l’on comprend petit à petit. Ce qui est particulièrement frappant c’est la construction du scénario qui, de pièces mitoyennes en brefs dialogues entre deux portes, d’aller-retours entre la régie technique et le plateau de l’émission en direct et les
loges ou les couloirs du bâtiment de cette télévision, font progressivement comprendre les enjeux et monter la tension d’une façon rarement aussi bien maîtrisée et réussie, sans longueur et sans moments creux. Il y a un jeu de style et de lumière intéressant entre les images de plateau télé et de régie, installées, lumineuses, et les images de déplacement dans les coulisses, les couloirs, caméra à l’épaule dans des endroits sombres, évoquant sans doute l’arbitraire et l’obscurité des lois qui sont dénoncées dans une ambiance de show télé comme l’on en connait partout. La production internationale a été très complexe à monter sans doute et il faut souligner la coproduction de Panache, société belge qui, avec l’aide de VOO & Betv cofinance le film sans tax shelter me semble-t-il. Un bel exemple de courage éditorial pour soutenir un cinéma qui ne pourrait exister sans ces partenariats indispensables pour qu’une voix non conventionnelle puisse se faire entendre au-delà des frontières marquées par la peine de mort, le mariage temporaire, l’emprise religieuse sur la vie privée, et autres archaïsmes que l’on souhaiterait révolus à jamais. Cette nuit du pardon qui se célèbre au solstice d’hiver (je n’ose écrire à la Saint-Jean, on est chez les Ayatollah...) annonce, on peut l’espérer, le retour de la lumière dans ce pays encore dirigé par des obscurantistes.