Celles et ceux qui ont été éprouvés par l’abus d’alcool dans leur vie, leur famille, leur proches, leur pratique professionnelle entre cirrhose, délirium tremens et morts sur la route, ne verront pas ce film avec plaisir. Mais il faut le voir pour deux raisons essentielles.
Il est admirablement réalisé, avec la « patte » d’un des réalisateurs les plus impressionnants du cinéma de ces dernières années, et parce qu’il nous permet de voir, de façon parfois drôle, mais souvent effarée, ce que l’usage immodéré de l’alcool provoque même dans des milieux « d’élite », les enseignants, les étudiants issus de la bonne bourgeoisie qui compte sur eux pour reprendre les rênes d’un modèle social qui se prétend vertueux. Allez, on ne va tout de même pas refuser de boire un petit verre ; l’ivresse est une composante naturelle de notre culture, de notre civilisation, alors ne soyons pas pimbêches !
Le film commence d’une façon extrêmement dynamique en montrant une de ces activités récréatives, festives, d’étudiants qui participent à une course durant laquelle ils doivent absorber un nombre record de bouteilles de bière et s’ils vomissent, ils sont pénalisés. C’est d’une fraicheur exquise, l’image tant aimée des fêtes estudiantines montrant l’être humain au sommet de ses vertus ! Puis nous nous familiarisons à la vie professionnelle et privée de 4 enseignants qui n’arrivent pas à modérer leur addiction à l’alcool. On en voit même un qui s’en sert pour désinhiber un étudiant, pour lui faciliter une épreuve orale. La multiplicité des scènes, des circonstances dans lesquelles l’alcool fait ses ravages délétères finit par submerger le spectateur le plus endurci.
Les acteurs sont absolument parfaits dans l’incarnation de cette forme de suicide social (leur vie de famille n’est pas épargnée) et parfois même jusqu’au choix de quitter ce monde que l’ivresse n’a pas pu rendre moins insupportable pour eux. La façon de cadrer, de placer la caméra, de la faire bouger pour suivre les personnes filmées est exceptionnelle ; un festival visuel qui rend peut-être bien cette idée que l’alcool, à un certain pourcentage dans le sang, fait voir le monde autrement. Ce à quoi ce très talentueux réalisateur a contribué déjà de façon éclatante : Festen, puis Jagten (La Chasse
\- 25), Kollektivet (La Communauté - 255) et dans un genre très différent, Kursk (558) sont des films très remarqués parmi son abondante filmographie. Si vous souhaitez lire un texte très favorable à ce film-ci, hors normes et aussi remarquable que douloureux : https://www.senscritique.com/film/Drunk/critique/222312427Il faut souligner une nouvelle fois à quel point le talent d’un acteur, Mads Mikkelsen, peut fasciner par la subtile richesse de son jeu qui donne au film sa dimension quasi métaphysique. Et pour faire une petite pose, un bref montage d’archives dans le cours du film est un immense bonheur auquel notre Michel Daerden contribue avec talent, lui aussi. Drunk est un film auquel il faut se confronter car il montre avec un art exceptionnel ce qui est généralement caché, tu, refoulé et travesti dans nos sociétés hypocrites.