Un film qui est d’abord du cinéma, puissant, original et qui justifie pleinement le grand écran en cette période de reprise des projections en salle.
La réalisatrice avait impressionné déjà avec The Rider (498) qui, comme ici, avance lentement pour déployer un propos d’au moins deux niveaux de lecture : les déambulations de cette femme, ses rencontres, et la symbolique de ce parcours vers sa propre fin.
L’histoire est peinte de façon impressionniste, par petites touches, par des moments intimes, par une alternance de plans très serrés sur les personnages et de vastes panoramas tournés dans une Amérique « profonde » mais à un point inimaginable et rarement filmée avec autant de talent. Les aubes et les crépuscules, les lumières « entre chien et loup » sont dominantes dans cet environnement de fin de vie. Mais une fin de vie assumée par les naufragés de cette Amérique triomphante, délaissés le long des routes désertiques parcourues par des « vans », des caravanes plus ou moins déglinguées qui mènent on ne sait où, de petits boulots en bivouacs chaleureux mais complétement hors du modèle commun de civilisation.
Le personnage que l’on suit dans cet espèce de « road movie » est une veuve qui erre pour fuir son chagrin, avec pudeur, mais un désespoir absolu.
Nous la verrons assumant quelques boulots alimentaires, e.a. dans un dépôt Amazone ; à ne pas rater !
La bande sonore du film est d’une richesse et d’un rare à propos. Mais c’est l’actrice qui interprète Fern qui captive à chaque plan. Frances McDormand est bien connue pour de nombreux rôles avec les frères Coen (Fargo e.a.) et 3 Billboards qui ont laissé un souvenir impérissable.
Tous les acteurs sont impressionnants par leur évidente vérité, d’autant qu’ils ne sont pas professionnels. Et les bribes de leurs histoires qu’ils échangent constituent, à la fin, une fresque à la Daumier qui ne peut laisser indifférent.
Suivez ce périple en pays de nomades ; vous ne risquez pas d’y être amenés par une agence de voyage.