L’amour du père, la mort du père. C’est sur le rapprochement de ces deux puissants vecteurs de nos vies à tous que se construit ce film choral. Une famille nombreuse, constituée de fortes personnalités, célèbre l’aïeul que la dégénérescence mentale a éloigné de sa vie et en particulier de ce récit qui en est fait dans un livre qui semble très beau, le récit de son existence de militant algérien pour l’indépendance de son pays mais qui, cependant, vivra en France et y fondera cette abondante famille dont on suivra les multiples destins, par une succession de moments tous admirablement scénarisés et dialogués. Ces relations intrafamilliales sont très compliquées, rien n’est lourdement expliqué, mais l’on comprend tout.
Il y a un souffle d’authenticité dans ces personnages qui vous les rendent immédiatement proches, comme des membres de notre famille. Emotions garanties, car la disparition de la clé de voûte d’un clan ne laisse jamais indifférent et est souvent, comme dans ce film, le moment de certains ajustements, de certaines mises au points, fussent-elles cruelles.
Je déteste l’usage snob qui est fait à tout bout de champ de cet acronyme, sans même en connaître la signification, l’ADN, pour exprimer ce qui singularise une personne, une activité, une entreprise. Mais ici, vous le découvrirez, l’emploi littéral de ce que désignent ces trois lettres est un levier symbolique et parfois maladroit, qui fait comprendre la difficulté de porter un regard sur son passé ; regard dont la couleur même est subtilement modifiée par un plan rapide que l’on comprend ensuite, comme constitutif d’un certain malaise vis-à-vis d’une histoire enfouie, de racines non assumées. Il faut dire que le prénom du personnage central interprété par la réalisatrice, Neige, n’est pas de ceux qui évoquent le mieux la torpeur Nord-africaine... Vous ne serez pas insensibles à la scène durant laquelle doivent se prendre les décisions relatives aux funérailles. Quelle fidélité doit-on au défunt ? L’attachement au grand-père est lourdement symbolisé par la conservation de l’urne chez l’une de ses petites-filles.
La réalisatrice a pris sa place dans le palmarès du cinéma e.a. avec Polisse et Mon roi (177), qui sont deux films forts et qui tentent, comme ici, d’exprimer des ressentis complexes et douloureux. Mais elle est aussi devenue le bowling de tout ce qui peut s’écrire d’odieux sur une actrice, réalisatrice non sans succès, malgré les haines qu’elle déchaîne chez des plumitifs sans talent, amateurs de strikes sans gloire. Est-ce la joie de dézinguer une femme, réalisatrice, de la comparer avec mépris à Lelouch, de lui reprocher la période de sa vie partagée avec Besson ? Pourquoi tant de haine pour une femme qui s’interroge sur les ravages de l’amour ? Même si la fin de ce film est faible au regard de ce qui nous y amène.
A vous de voir si Maïwenn partage un peu de votre ADN.