Le Borsalino devient un pinemouche de laine, Alain Delon a les traits et l’immense talent de Matthias Schoenaerts.
Voilà un film assez captivant qui assume à 200 % son « genre « de film noir, de vilains gangsters dans la grande tradition du cinéma américain. Boxeurs, tueurs, incendiaires, cocaïnomanes, maîtres chanteurs, personne n’a été oublié.
Et Oh ! surprise, ce film est un parfait exemple d’*europuding comme l’on désigne avec condescendance les montages de productions européennes qui exigent des juxtapositions de talents issus de chacun des pays coproducteurs.
Et bien, ici la réussite est au rendez-vous, la sauce a pris malgré les 15 personnes en charge, à des degrés divers, de la production. L’histoire est tarabiscotée, mais l’on s’en fiche ; sauf pendant les retours en arrières, un peu abscons et qui sont trop répétitifs, appuyés.
Vous vous croyez à Philadelphia, c’est tourné à Anvers, vous découvrez des acteurs qui semblent issus des seconds rôles made in U.S.A., ce sont des comédiens qui viennent de partout et aussi de chez nous.
Vous admirez la mise en scène tout à fait maîtrisée pour ce type de film de crapules qui s’affrontent de toutes les manières possibles, c’est un metteur en scène français qui est à la manœuvre, l’image et le cadre sont parfaitement congruents à ce type d’ambiance et
de tension, c’est un opérateur néerlandais qui crée ces lumières, une caméra virtuose à l’épaule et le plus souvent en très gros plan sur les acteurs.
Vous admirerez le naturel des costumes, c’est Catherine Marchand qui en est responsable et, au générique, pour la dernière fois sans doute, l’émotion de lire le nom de Jojo Bulterys, trop tôt disparu, il y a peu. Comme un autre belge, technicien du son césarisé, Marc Engels, emporté par la covid.
Séverin Favriau a fait un travail de création musicale qui retient l’attention.
Le casting est flamand, suédois, américain, britannique, Jérémie Guez est un auteur français de polar et plusieurs de ses romans ont été portés à l’écran. Il a tâté du scénario pour d’autres, comme Jérémie Rénier dans Carnivore (504) ou Rebelles (635) de Allan Mau-duit. C’est la deuxième mise en scène qu’il réalise. Souhaitons-lui pour la troisième, un travail plus abouti sur le scénario.
A mes yeux, ce genre de film est parfaitement inutile sauf pour ceux qui vivent leur violence par procuration. Mais il faut reconnaître le savoir-faire de tous ces talents rassemblés que l’on aimerait retrouver très vite au service d’une œuvre d’une autre ampleur. Le Tax Shelter a contribué au financement de la production et si le film n’avait pas ce look U.S.A. trompeur, ce serait une belle pub pour les talents et les savoir-faire de chez nous.