Les zigzags de l’emprise, ce jeu cruel du chat et de la souris, du moniteur de ski, prédateur, et de la victime qui ne rêve que de la première marche du podium. Jérémie Renier est, une nouvelle fois, absolument remarquable dans le rôle de cet homme qui s’empare du destin d’une adolescente puis qui dérape de la pire des façons. Cela nous est montré avec une précision et un tact que, peut-être, seule une femme à la réalisation, pouvait mettre en scène de manière aussi bouleversante. Elle fut aussi dans sa jeunesse, victime de son entraîneur et sait donc de quoi elle parle. La toute jeune femme qui assume le rôle, Noée Abita, est en tous points remarquable. Elle n’en est pas à son premier film mais celui-ci restera dans toutes les mémoires. Le visage inerte, le regard de ses grands yeux incrédules, les lèvres charnues pleines d’une sensualité dont elle n’est pas consciente, sa détermination à réussir quoi qu’il lui en coûte, l’éloignement du « contrôle parental », tout est montré avec finesse pour que l’abjection à laquelle cette sportive est confrontée soit crédible, en dehors de toute caricature, de tout manichéisme. Renier n’est pas le diable ; il est montré dans toute sa complexité. Dans un court métrage, Odol Gorri, l’actrice et la réalisatrice avaient travaillé déjà ensemble sur un personnage confronté à de semblables comportements. Ce film propose au moins trois bonnes raisons d’être vu : les images sportives toujours spectaculaires qui, ici, sont superbes, les images de la montagne qui contribuent à l’envoûtement, à la fascination, et le récit précis, presqu’une enquête, de ce qui se passe entre le prédateur et la victime. Le destin
de Sarah Abitbol a-t-il inspiré ce scénario ? Toujours est-il qu’il le rend crédible, visible, et que ce film contribuera, il faut l’espérer, à ce que ce type de drame soit condamné pour que ceux qui n’ont pas la capacité de se contenir soient écartés du travail qui favorise ces abominations, pour qu’*Un aussi long silence (titre du livre écrit par la patineuse) ne règne plus jamais dans les vestiaires des jeunes athlètes. Pour prendre la mesure de ce drame si fréquent dans le milieu du sport : https://information.tv5monde.com/terriennes/metoo-du-patinage-francais-sarah-abitbol-violee-par-son-entraineur-15-ans-343998. Le choix du ski n’est pas un hasard puisque la réalisatrice en a été une pratiquante de haut niveau, et ce choix permet des images très spectaculaires, avec doublure, qui n’auraient pas été possibles avec le patinage ou la natation par exemple. La lumière très travaillée de certaines scènes nous fait quitter le réalisme si envoûtant des vues de la nature et des paysages de montagnes qui scandent le film comme des moments de plénitudes. Je n’en suis pas fou de ces effets rougeoyants, mais surtout c’est la cause de cette affiche calamiteuse qui ne montre rien de ce qu’est ce film très important qui décrit l’emprise comme rarement. La production a été très difficile à « monter » car personne ne voulait de ce sujet si « délicat » avant l’émergence de \#MeToo. Ce qui ne justifie pas que le Tax Shelter soit une nouvelle fois associé à un projet qui n’a rien à voir avec la cinématographie belge, car le cachet de Jérémie Renier n’est sans doute pas le type d’interventions qui nécessite un semblable soutien.