Le film est étonnant. Selon moi pour une question d’écriture essentiellement. Il m’a semblé que la façon de filmer ce récit était d’une originalité, d’un style et d’une force remarquable. Le début à la Gare du Nord est un morceau d’anthologie.
Les acteurs, tous, silhouettes ou rôles de premier plan, sont remarquables de vérité au premier degré, ce que j’appelle « le naturel ». Il règne tout au long du film une sorte de malaise et d’incompréhension qui retiennent l’attention de façon fascinante.
Le sujet est plus complexe, me semble-t-il, que le tapinage homosexuel des migrants de l’est. Il interroge profondément notre type de société dans ce qu’elle produit d’isolement, de juxtaposition de destins qui ne devraient jamais se croiser mais qui, soudain, s’entremêlent.
Cette histoire apparemment glauque est une interrogation profonde sur ce qui reste encore comme possibles pour les marginalisés.
Et leur hébergement en hôtel réquisitionné par la préfecture de police n’est certainement pas l’un des aspects les moins interpellants.
Deux « grosses » faiblesses de scénario limitent, selon moi, la puissance du film.
L’exfiltration du compagnon martyrisé à la fin ne me parait pas crédible. Et la véritable pirouette de l’adoption est un salmigondis juridicosociologique mal préparé et qui ne retient pas l’attention, car en dehors des problématiques abordées durant le film.
Bref, une fin ratée, ce qui ne retire que peu de chose à l’intérêt de cette œuvre originale et forte.