Dans le cœur pourrait être le sous-titre de ce film atypique, plus témoignage que documentaire, entre cinéma et photographie.
Vous serez immergés dans trois ambiances qui se mélangent, celle d’une maman que la sénilité rend dépendante, celle d’une famille complexe, et celle des cultures des deux côtés de la méditerranée, de Tanger à Bruxelles. C’est en quelque sorte une réflexion nouvelle, subtile et originale sur nos racines, celles issues de la généalogie, celles nourries par les terroirs.
Ces réflexions se multiplient dans le cinéma (je vous épargne la liste des films traitant ce sujet) et elles nous enrichissent comme en témoigne l’une des scènes célébrant les victimes des folies de la guerre.
La réalisatrice ne procède que par moments d’émotion, des images d’autrefois, parfois de simples photos d’identité, des plans tournés de façon volontairement chaotique dans les dédalles des venelles du quartier d’origine de ces marocains déracinés. La bande sonore
restitue d’ultimes dialogues entre mère et fille, comme s’il était urgent de combler les vides d’un passé que personne n’a voulu ou pu transmettre. Petit à petit l’on en devine certaines raisons, mais jamais rien n’est expliqué, ce qui laisse planer le lourd poids des non-dits. Qui ne seront sans doute plus jamais élucidés.
La réalisatrice, si elle est débutante à cette responsabilité, a déjà une grande expérience du montage et cela se sent, car la narration n’a rien de rationnel ou de chronologique. Les séquences/images se succèdent de façon aléatoire comme les pièces d’un puzzle qui trouvent leur place sans autre logique que la juxtaposition avec des voisines de rencontre, mais qui dévoilent petit à petit le tableau d’ensemble, celui complexe et morcelé du destin exemplaire des bonheurs et des souffrances évoqués.
Un film d’une écriture très singulière qu’il faut savourer pour ses parfums aux essences multiples et contrastées.