Remarquable. Si le thème n’est pas neuf - il est même très présent dans la cinématographie actuelle - le traitement me semble digne du plus grand intérêt. Il s’agit de l’écartèlement entre les générations et les rives de la méditerranée.
Pour mémoire, quelques films récents qui soulèvent des questions analogues, et qui donc s’enrichissent par leur proximité de recherches : (811) Dans la maison Karima Saïdi, (810) Ibrahim Samir Guesmi, (801) ADN Maïwenn, (772) Un fils Mehdi Barsaoui, (756) Un divan à Tunis Manele Labidi Labé, (751) Noura rêve de Hinde Bou-jenaa, (650) Le jeune Ahmed des frères Dardenne, (608) Fatwa de Mahmoud Ben Mahmoud et un de ses films plus anciens Les Siestes grenadines.
Si je me suis permis ces rappels, c’est pour partager ma conviction qu’une thématique très importante émerge sur les écrans, celle des liens entre la francophonie et la culture issue de l’Afrique du Nord essentiellement. Si l’heure n’est plus aux règlements de comptes, elle laisse (enfin) la place à un dialogue interculturel et intergéné-rationnel riche, très diversifié et ici, de grande qualité.
Trois sœurs donc se retrouvent à Paris, sous l’autorité d’une douairière à forte poigne. Et nous allons découvrir les vies de ces femmes. Je vous laisse l’entier plaisir du dévoilement progressif d’une riche densité et d’une grande diversité. Les dialogues sont particulièrement fluides, caractérisés selon les interlocuteurs qui sont tous d’admirables acteurs, en cela compris quelques enfants irrésistibles de charme et de talent.
La structure du film est très élaborée, par les nombreux changements de lieux et d’époques, auxquels s’ajoute la préparation d’un spectacle de théâtre titré Frères, une sorte de dramaturgie surajoutée et cathartique des tensions qui se déploient entre les sœurs, avec la mère et les petits enfants. Chacune arrive à se
faire entendre, en vociférant parfois, mais toujours inspirée par le besoin d’aller au fond de sa recherche de vérité. Il y a une « histoire » à suivre, elle n’est pas anodine, mais ce sont évidemment les contrastes entre les attitudes et réactions de ces 4 femmes qui font la grande richesse de ce traitement scénaristique.
La réalisatrice est une immense personnalité qui a excellé dans de nombreux domaines (documentaires, télé, radio, engagements politiques...) et la grande maturité de ses intentions, des scènes filmées souvent en (très) gros plans nous emmènent dans une complexité aussi riche que surprenante.
Il faut souligner que Isabelle Adjani, Maiwen et Rachida Brakni (le personnage sans doute le plus proche de l’histoire personnelle de la réalisatrice) forment un trio digne de Botticelli, Rubens et Ra-phaël tout à la fois. Fettouma Bouamari, la mère est absolument impressionnante comme Hafsia Herzi, cette jeune surdouée qui avait époustouflé dans La Graine et le Mulet.
Le film n’est guère soutenu par la critique, ce qui, à mes yeux plaide en sa faveur.