Un OVNI. Ce qui n’est pas tout à fait surprenant lorsque le titre est le nom du cosmonaute n°1 de l’histoire (et que les amis des animaux se rassurent, le chien dans le film a bien pour nom Laïka). En fait, ce nom a été donné, en hommage, à une gigantesque construction HLM de 370 logements de la banlieue parisienne (Ivry-sur-Seine) et ce bâtiment est à bout de souffle. Départ des anciens, incrustations des paumés, parasitage par des groupes sociaux mal intégrés, gestion immobilière calamiteuse. C’est donc dans ce contexte que nous allons suivre le personnage central, prénommé Youri, passionné par l’espace et qui, tel un Don Quichotte, va tout faire pour essayer d’empêcher la destruction de cet immeuble. Et les réalisateurs ont recours, en les mélangeant, à tous ce qui est disponible pour s’exprimer au cinéma : des images très réalistes, façon film de banlieue, des moments d’immense poésie, façon Odyssée de l’espace, des moments consacrés à la détresse des habitants, façon Ken Loach, une charmante rencontre sentimentale un peu fleur bleue, le racisme ordinaire, à l’égard des Roms cette fois, plus que
vis-à-vis du personnage central, noir, ou de ses « potes » tous issus de l’immigration, sauf un garçon « franco-descendant » si j’ose cette expression, qui est très agaçant. Il faut aussi mentionner des archives pour compléter cette riche palette des genres cinématographiques mélangés, ce qui est une raison largement suffisante pour s’intéresser à ce film singulier. Il est réalisé par un couple qui s’est consacré déjà à 3 courts-métrages baignant dans cette problématique des « invisibles » des banlieues, mais avec une empathie, une sensibilité très perceptible dans ce premier long métrage qui a été en quelque sorte « co-écrit » avec les habitants du cru. Ce qui, dans certaines séquences, est parfois émouvant (le genre documentaire est convoqué aussi !) et certaines larmes ne semblent pas couler à la demande de la mise en scène tant sont poignantes quelques situations. Il faut saluer la prestation de Lyna Khoudri qui avait impressionné déjà dans Papicha (704) film remarquable aussi. Une œuvre à découvrir comme une mise en orbite improbable.