Désigné important, ce film très puissant est inspiré d’un livre autobiographique écrit par un homme retenu, sans réels motifs, pas moins de 14 ans dans les prisons américaines post 9/11. Ne faisons pas de commentaires savants et militants sur le compte rendu plus ou moins bien documenté, sur les choix qui biaiseraient l’objectivité. C’est un film à charge. Rappelons que Guantanamo est situé sur un territoire qui n’est pas les États-Unis et à ce titre, la loi américaine ne s’y applique pas... Le tournage a eu lieu, lui, en Afrique du Sud. Ce qui est très frappant, c’est la capacité aux États-Unis, de proposer un récit fort et profondément interpelant en s’emparant dans son histoire relativement récente (le héros est libéré en 2016 !) d’un sujet hautement polémique. Je pense que quiconque s’intéresse aux événements contemporains trouvera dans ce film une matière passionnante que le cinéma sert de façon très efficace, sans être particulièrement créative. Un travail de très grands professionnels qui servent une cause essentielle et écrasante, faire régner la justice là où le pouvoir politique voudrait régner sans partage. Le film est servi par trois acteurs que l’on sait excellents et qui ne déçoivent pas, entourés d’un casting sans faille, jusque dans les moindres silhouettes fugitives.
A tout seigneur, tout honneur : Jodie Foster est parfaite en avocate déterminée, intraitable et pleine d’humanité retenue. Elle a une carrière de tout haut niveau et je rappelle qu’elle réalise parfois,
e.a. Money Monster (265). Tahar Rahim est le mauritanien, brillant dans un rôle de souffrance. Même si son ancrage africain est moins évident que sa performance de victime d’une justice militaire prise de folie. Une prestation admirable qui rend le spectacle de ses tortures plus difficile encore à voir ainsi incarnées de façon bien nécessaire pour prendre la mesure de l’indignité de ceux qui les ont
imposées dans un pays démocratique mais qui n’a pas dédaigné les pires méthodes des régimes totalitaires. Ce que la France par exemple a connu aussi durant ses guerres coloniales sans arriver à proposer de films de ce niveau. Le sujet a donc aussi une portée internationale. Et l’on retrouve avec un immense plaisir Benedict Cumberbatch admiré il y a peu dans The Courier (807), un acteur qui est l’incarnation de la droiture militaire, mais qui arrivera à donner la priorité à sa conscience.
Il porte sur ses épaules rien moins que l’honneur d’une nation. C’est grâce aux performances captivantes de ces acteurs que l’on reste accroché à l’écran car l’issue de l’histoire est connue et les conditions du récit le rendent un peu répétitif quand l’un des personnages principaux ne quitte pas sa prison. Malgré les aspects très juridiques et les évolutions prévisibles, l’histoire se découvre, étape par étape, avec une grande intensité. Un « truc » visuel y contribue intelligemment, l’utilisation de deux formats : large (2:35) pour le monde « libre », et le cadre 1:33 pour les images de prison essentiellement. Cela peut paraître un peu naïf comme procédé, mais ça fonctionne ! Et ne quittez pas la salle avant le générique qui rend hommage aux personnes réelles qui sont incarnées ici pour rester dans l’histoire au-delà d’un petit cercle d’initié. RBG Une femme d’exception (673) avait eu recours déjà à cette façon de faire honneur. Il me semble intéressant de signaler que ce réalisateur, écossais d’origine, excelle dans le cinéma inspiré par des faits réels. Un jour en septembre, Whitney ou La Mort suspendue
e.a. Il a un talent particulier pour rendre les événements qu’il relate aussi captivants que s’ils avaient été imaginés par un scénariste de grand talent.