Un film rare, par maints aspects, même si c’est une nouvelle contribution au thème du vieillissement, tel que vu il y a peu dans The Father (804) par exemple.
Toute la construction du récit repose sur une double temporalité. Celle du fils qui prend en charge un père hargneux, dont l’esprit s’égare. Et la temporalité du récit de la vie de cet homme, de son fils et de leur famille. Ce qui rend le sujet captivant et émouvant, ce n’est pas seulement l’attitude admirable du fils face à l’agressivité du père, c’est la multiplicité et la diversité des petits moments de leurs vies qui sont proposés avec un tact, une justesse qui émeut profondément.
Tout est maîtrisé comme une fresque qu’un horloger aurait mis en mouvement et chaque séquence semble avoir été conçue avec un discernement, une délicatesse et un à propos d’une rare acuité.
Les choses s’enchaînent parfaitement malgré les nombreux retours en arrière qui permettent de comprendre le présent, celui du naufrage d’un vieil homme. Le réalisateur est un surdoué en de nombreuses formes d’expression artistique ; il signe ici sa première réalisation.
En tant qu’acteur, sa carrière est longue et remarquable, rappelons,
e.a. son rôle de chauffeur dans Green Book (593). Le rôle de son père est magistralement interprété par Lance Henriksen qui a déjà une longue carrière, mais rarement pour interpréter des personnages de façon aussi réaliste. Il est éblouissant.
Et je souligne que la musique, très dépouillée, au piano, contribue de façon déterminante aux ambiances si nombreuses et subtiles. Une chute somptueusement décrite et interpellante pour chacun de nous.