La justice et la médecine sont des sources inépuisables d’inspiration pour les cinéastes, sans doute parce que ces deux professions ont ceci de commun et de singulier, c’est d’être potentiellement autorisées à agir sur le corps de chacun ; être mis en prison, être hospitalisé, ce n’est pas l’effet d’un pouvoir ordinaire.
La liste des films est immense qui évoquent par exemple Landru ou Knock qui en sont devenus, parmi tant d’autres, les dignes représentants, avant que les séries télé n’en fassent leur matériau de base.
Ce film-ci n’est pas de ceux qui vont jalonner l’Olympe, mais il ne démérite pas dans le genre du cinéma noir (le titre l’indique à suffisance...). Le scénario est très intéressant en ceci qu’il donne accès d’abord à un univers peu connu, celui du commerce par les toxicomanes, des produits de substitution. On apprend tous les jours... Le portrait du médecin donne aussi une idée riche de ce métier des forçats de première ligne sanitaire. Il y a aussi un moment de crise conjugale qui m’a semblé très bien évoqué, avec deux petites gosses craquantes et qui parlent juste, malgré leur jeune âge ; c’est rare !
Et surtout la chute, en deux temps, est une véritable surprise.
C’est Vincent Macaigne qui porte le film sur ses épaules robustes. Je gage que cet acteur deviendra l’un des plus importants de la décennie à venir, lorsqu’il aura un scénario, un réalisateur et un personnage de tout premier plan à défendre ; ce sont bien les 3 conditions nécessaires pour réussir un grand film.
Très actif au théâtre, il a été remarqué déjà dans de nombreux films Blanche comme neige (647) Le Sens de la fête (439) Les Innocentes (224), une trentaine en 20 ans et ce n’est pas fini ! Sara Giraudeau est aussi de la partie et confirme sa voix de fausset et son style de femme enfant. Moins irritante que dans Le Discours (808) elle campe ici une jeune femme touchante et fragile.
Tous les rôles sont crédibles et ce n’est pas évident vu la quanti-té et la diversité des personnages que l’on croise durant cette nuit d’hiver. Pour un film tourné en 5 semaines, le résultat mérite considération. La caméra est généralement tenue à la main ce qui est un bon choix et la lumière est traitée de façon réaliste, les éclairages de nuit créant une ambiance très particulière, avec une présence du bleu (gyrophares ?) qui contribue au côté transgression qui est la thématique du film.
La musique est très travaillée, mais je la trouve personnellement trop appuyée, redondante.
Comme l’histoire se déroule en une seule nuit, n’hésitez pas, ça passe vite et ça impressionne.