Elle est tenue : le film est élégant, raffiné, parfaitement interprété, d’une rare et constante densité narrative.
Et pourtant c’est du grand classique. Un peu déroutant car la bourgeoisie allemande du début du XXe siècle qui s’exprime dans un anglais des plus châtiés, cela déroute. Sommes-nous à Manches-ter ou dans la Ruhr ?
Ce dépaysement étant surmonté, le spectateur n’ a plus qu’à se laisser emporter, bercer, émouvoir par une histoire très classique, celle d’un couple dont la différence d’âge porte en elle ses limites, et dans lequel vient s’imposer, par toutes sortes de façons honorables et légitimes, un homme jeune, beau, aux talents multiples. Et ce qui devait arriver arriva : Amour décoche ses flèches les plus acérées. Douloureuses et pénétrantes.
On se laisse aller au récit, aux émotions, à la beauté formelle de la mise en image, avec une photographie très léchée, un rythme bien soutenu par un montage adroit, efficace. Les musiques semblent avoir été composées tout spécialement pour nous soulever l’âme,
e.a. par un certain Beethoven, encore un allemand, je crois.
Les costumes sont tous des merveilles, les chapeaux des triomphes, les décors des musées et les accessoires, sortis de collections opulentes. Rien que le tintement de la vaisselle et la porcelaine des services à thé enchantent comme toutes les autres attentions aux plaisirs gourmands des spectateurs avides de nostalgie, de rêve et de ce romantisme fragile qui annoncent la grande boucherie de 14-18.
Mais l’amour triomphe : promesse tenue.