Film très singulier qui se mérite et donne une très riche idée de la variété de formes que peuvent prendre les récits cinématographiques. Celui-ci est inspiré d’un spectacle mis en scène en 2014 par la réalisatrice de la version cinéma.
C’est l’histoire de 5 sœurs à trois époques de leurs vies. Rien n’est expliqué, très peu est montré, sauf une sorte d’exubérance qui caractérise ces relations entre elles. Tout cela est joué (par trois actrices successivement pour chaque rôle, pas facile de s’y retrouver) de façon très naturelle, dans un décors intérieur qui est véritablement un personnage « de la famille », avec des positions de caméra peu ordinaires et des angles, des focales qui dynamisent exceptionnellement le récit. Il y a une sorte de poésie intime qui se dégage de tout cela, avec des accents symboliques, une musique inspirée des gymnopédies de Satie qui convient admirablement pour concourir à cette ambiance singulière qui ne fléchit jamais durant tout le film, quelque désordonnée que puisse paraître la narration.
Il n’est pas indifférent de savoir que la réalisatrice a une très importante activité dans le théâtre « social » qui est travaillé par elle d’une façon particulièrement novatrice, originale. Un nom qui restera dans l’histoire de la scène.
Utilisées dans ce film, certaines de ses méthodes donnent au récit un ton particulièrement singulier, une sorte de magie narrative rarement captée par une caméra.
Tout cela se passe dans une ambiance palermitaine populaire mais nous parle de la culpabilité, des remords, des enfants « désignés » dont le rôle à assumer par chacun ne les quittera jamais. Ce qui crée entre elles une dynamique parfois diabolique. Nous essayons de percevoir tout cela à travers mille détails subtilement filmés, interprétés et pénétrants.