N’imaginez pas un seul instant de la transgresser, vous seriez plongé immédiatement dans l’ambiance de Midnight Express, mais à l’air industriel, dans une ambiance de surpopulation carcérale, délinquante et policière qui nous est décrite d’une façon très dynamique, très bruyante et très bavarde. Ce qui oblige à lire à toute vitesse des dialogues souvent argotiques et allusifs, propres à ce milieu d’enfants de cœurs où flics, victimes et trafiquants se livrent une chasse à l’homme dont la mort est souvent l’issue.
Le personnage central est un flic intraitable dont nous apprendrons sans que cela ne soit expliqué, la façon de travailler, ses limites et ses transgressions dans sa façon de pourchasser les dealers.
Les deux acteurs mis face à face, Payman Maadi (admiré déjà dans La Séparation) et Navid Mohammadzadeh sont d’une extraordinaire puissance.
Le film m’a paru un peu long (131 minutes) car les rebondissements nombreux nécessitent une préparation chaque fois qui, certes, relance l’histoire, mais en complexifie considérablement les nombreux tenants et aboutissants. Ce film donne l’occasion de croiser une faune humaine très différente de celle qui fréquente la rue Neuve !
Tout est cinématographiquement irréprochable : le casting très nombreux, la gestion de la figuration, très spectaculaire, les décors incroyables, la lumière, les mouvements d’appareil et les cadrages. La bande son est particulièrement travaillée pour ce qui est des ambiances. Du cinéma de très haut niveau.
Après Yalda, la nuit du pardon (795) voici à nouveau un film iranien important en ceci au moins qu’il émerge d’un pays à maints égards jugulé par une politique et une religion de crétins. Un autre réalisateur, Asghar Faradi, avait déjà déployé son talent de cinéaste iranien : Todos Lo Saben (510) The Salesman (329) et Une Séparation qui avait tant impressionné il y a dix ans déjà. Avec ce film thriller et implicitement politique de Saeed Roustaee, la relève est assurée. Il aborde la dramatique situation de 6,5 millions de toxicomanes qui consomment 10 tonnes de drogue par jour… Sans que cette peste ne soit enrayée malgré les moyens utilisés. Film critique qui a valu au réalisateur quelques pressions peu amicales du pouvoir.
Au croisement du documentaire, du film social, psychologique et du très bon polar, cette « loi » mérite d’être considérée et respectée.