Un film d’un rare intérêt qui arrive à mêler trois thèmes : une histoire d’amour, le délire créatif et la douloureuse problématique des migrants.
Nous suivrons le destin d’un syrien qui fuit au Liban avant de rejoindre la Belgique, et parallèlement l’histoire de la femme qu’il aime. Pour surmonter les difficultés (argent, passeport) lui permettant de venir en Belgique, ce garçon va faire un pacte avec le diable qui est un artiste délirant. Ce qui nous vaut une évocation de ce milieu qui est très édifiante et amusante.
Ce film est proche de The Square (446) et cela fait du bien de voir des artistes qui dépeignent les hurluberlus de ce monde souvent surfait pour les couvrir du ridicule qu’ils méritent.
La réalisatrice est une intellectuelle tunisienne, très expérimentée déjà mais ce film est d’une audace, d’une singularité formelle
et d’un humour corrosif qui le rendent incomparable. Wim Delvoye, artiste gantois, n’est pas étranger au sujet. L’on aperçoit ses cochons tatoués, il apparait fugitivement dans un rôle. Et c’est en partie sa démarche de tatoueur taxidermiste qui a inspiré le film dont les thèmes s’entremêlent qui évoquent aussi la Passion et le martyr christique. Les cadrages sont exceptionnellement travaillés, utilisant les miroirs et les flous pour souligner la complexité de percevoir la réalité.
Un film très singulier, passionnant et agréable, touchant par bien des aspects. Une coproduction avec la société belge Kwassa films, légitimement soutenue par le Tax Shelter, avec des collaborateurs importants, la monteuse Marie-Hélène Dozo, un acteur excellent Koen De Bouw et des décors qui vous réjouiront : rien de moins que le musée d’art ancien e.a. !
Ce film n’est pas une peau de chagrin.