Plaie triste. La Collectionneuse façon 2021 ; Rohmer, Au secours ! Certes le sujet d’une jeune femme qui cherche sa place et l’amour à l’aube de sa vie d’adulte est un sujet intéressant. Encore faut-il qu’il soit traité d’une façon intéressante.
Ici malgré la prestation remarquable de Sara Forestier - Filles de joie (754) Roubaix, une lumière (705) et tant d’autres dans le genre lippe boudeuse, regards noirs et mœurs décomplexées, l’ennui s’invite subrepticement pour une raison simple : il n’y a pas d’histoire construite. Rien qu’une succession des scènes, certaines généralement très bien enlevées, mais qui se répètent sans crescendo, sans antagonistes, sans enjeu.
Ces petits sujets de qualité très variables sont enfilés comme des perles, par un enfant malhabile. Avec une voix off de basse qui égrène, heureusement avec parcimonie, quelques phrases sentencieuses et ampoulées comme si l’on avait besoin qu’on nous explique.
Et pour plomber encore l’ambiance, le film est en noir et blanc, une image sans le talent des grands opérateurs qui donnèrent à cette contrainte des débuts du cinéma leurs lettres de noblesse. Mais les cadres sont très travaillés, ce qui est sans doute le lien avec le métier de dessinatrice de la réalisatrice qui en est à son premier long métrage, largement inspiré par un milieu qu’elle connait très bien, celui de la bande dessinée et de ses éditeurs. C’est un des aspects très savoureux du film, et vous apprendrez, comme moi, qu’il faut parler de « roman graphique » et plus de BD.
Un autre aspect intéressant du film est la relation de ces femmes à leur corps et à leur sexualité.
Des propos et des attitudes peut-être banales à certains égards, mais qu’il n’est pas mauvais de rajouter sur sa liste féministe. Regardez l’affiche : une femme qui embrasse un mannequin tels que ceux utilisés pour les cours de secourisme. Quelle synthèse ; désespérée ?