Quel étrange film ! Par le scénario d’abord, admirablement original qui propose une histoire de science-fiction tout à fait ordinaire, quasi banale, à la portée de n’importe qui. Par la mise en forme classique d’un récit de vie quotidienne mais qui est extraordinaire en ceci qu’un « être humain virtuel » (une femme générée par un ordinateur...) se met à avoir une vie charmante, importante, déterminante pour celui qui en devient le partenaire épris et, petit à petit, soumis à sa seule voix. Car elle parle. Une femme donc...
La création d’une cyber Eve. Cela se fait progressivement, de façon retenue, sans effet spectaculaire mais avec un haut degré de crédibilité qui laisse le spectateur entre la distance créée par l’humour et la compassion créée par le désarroi, la panique même de celui qui vit cette étrange histoire d’amour.
Quel remarquable acteur, dans un environnement admirablement rendu par sa « normalité » qui contraste évidemment de façon
saisissante avec l’aventure vécue par son héros. La multiplication des situations, les découvertes déconcertantes, la finesse de l’enchaînement des situations successives, laissent le spectateur amusé et troublé, incrédule et envieux. Et si cette histoire était possible pour chacun de nous ? Dialoguer sans cesse avec une partenaire au fait de toute notre vie, de notre sensibilité la plus intime. Elle serait comme un Alien, habitant notre corps avec notre consentement mais en y exerçant un rôle déterminant, imprévisible et si proche de notre réalité vécue sans elle, que nous serions mis sous sa coupe de façon progressive et irrésistible. La séduction de la voix étant son arme, la tendresse de ses commentaires les liens d’une nasse qui doucement vous enserrent puis vous isolent aux confins d’une sorte de folie, celle de la recherche du bonheur absolu.
Troublant, même si la démonstration devient parfois un peu répétitive ou d’un didactisme par trop insistant.