Ils savent pourquoi. Ces deux cousins ont subi un irréparable traumatisme, celui des jeunes soldats mêlés à une guerre d’occupation, cruelle et violente, ce qui donne à ce film une actualité hélas sans cesse renouvelée. Que vivront, leurs vies durant, ces soldats ayant servi en Afghanistan, dans les territoires palestiniens occupés, au Mali et ailleurs sur cette terre qui continue à être occupée par des forces armées qui ne résolvent rien et qui sèment l’horreur et la désolation ? Trois acteurs portent ce film d’une manière absolument exceptionnelle. Filmés souvent de face, en gros plans, leurs visages sont d’une expressivité rare, et avec une économie de moyens exceptionnelle. Observez leurs regards, les mouvements des yeux, les paupières, les frémissements des joues, des lèvres, le positionnement du menton qui d’un simple et discret mouvement, dit plus sur le ressenti du personnage que de longues et inutiles répliques. Gérard Depardieu et Jean-Pierre Darroussin forment un duo absolument convaincant et Catherine Frot leur tient tête de façon très puissante. Souvent les castings anglais ou américains utilisent des talents exceptionnels. Ce trio est certainement du même niveau. Sans doute le parti pris de mise en scène de cet excellent réalisateur belge a-t-il permis ces prestations très rares dans le cinéma français.
Lucas Belvaux a déjà une filmographie de premier plan, tant comme réalisateur que, à ses débuts, comme acteur.
Nous le connaissons pour Pas son genre (061) avec l’éblouissante Émilie Dequenne et Chez nous (371) avec Émilie Dequenne à nouveau et Dussollier, tous deux exceptionnels.
Avec son monteur très expérimenté, belge aussi, Ludo Troch, ils ont structuré un récit en deux temporalités qui s’entremêlent de façon particulièrement habile, l’une éclairant évidemment l’autre.
Les acteurs qui incarnent les cousins jeunes font de leur mieux. Mais ils sont tout à fait crédibles comme jeunes recrues dépassées par une guerre qui n’ose pas encore dire son nom, celle d’Al-gérie. Et il est bon de nous replonger dans ce qui fut une tragédie dont les traumatismes ne sont ni oubliés ni surmontés. A quand un « grand » film sur la Belgique, sa colonie et l’indépendance du Congo ? Le style intimiste de Des hommes prouve, si besoin était, que des grandes fresques historiques ne sont pas nécessaires pour témoigner des grandes tragédies. Fabrice del Dongo est de chaque époque, remords compris. Les remords, les questionnements obsédants que ressassent des hommes, les protagonistes de ce film, sont parfaitement présents grâce aux voix off qui permettent aux spectateurs de se rapprocher de ce qui anime chacun.
Une production franco-belge comme l’on aimerait en voir très souvent et qui, financée grâce au tax shelter, permet à de grands talents, de travailler à un niveau international.