L’on n’assiste à pratiquement rien. Si non à des petits gestes, des tâches subalternes, des regards échangés à la sauvette. Le film commence à l’aube et l’on rencontre une jeune fille, discrète, presque mutique, dont le modeste travail se déroule dans une société de production cinématographique aux murs totalement dépourvus d’affiche et de décoration généralement quelconque. Une ambiance glaciale et tendue, d’autant que tout se passe par téléphone et par courriels. Le producteur ne sera jamais vu. Est-ce parce que Harvey Weinstein est en prison qu’il n’a pas pu tourner ? Et le film se termine le soir, après que l’on a vu chaque détail, chaque action, écouté chaque conversation de réservation d’avion, de chambre d’hôtel, de rendez-vous annulés, déplacés ou manqués sans nous épargner le moindre détail. L’on sent que quelque chose n’est pas montré, qui met tout le monde mal à l’aise. L’arrivé d’une femme très voyante, le rendez-vous avec une nouvelle secrétaire débarquant de nulle part, une boucle d’oreille retrouvée sur un tapis, un nettoyage de canapé et quelques autres indices font penser qu’il y a une activité cachée qui se déroule durant ces journées banales pour cette jeune fille dont le malaise est très perceptible. Sa confrontation avec le responsable des ressources humaines est un moment de choix !
La réalisatrice australienne travaille beaucoup sur les questions de féminisme, elle compte déjà plusieurs documentaires à son actif. Mais ici, il me semble qu’elle a pris un parti minimaliste qui affaiblit le sujet qu’elle veut développer, celui du sexisme ambiant dans le monde de la production de cinéma et, bien au-delà certainement, dans les entreprises. Dommage, car le sujet est d’importance.
Cet article de Catherine De Poortere me semble particulièrement intéressant qui développe parfaitement les ambitions du scénario et confirme la filiation avec Jeanne Dielman qui saute aux yeux des spectateurs qui connaissent ce film de référence sur la condition de la femme.
https://www.pointculture.be/magazine/articles/critique/the-as-sistant-un-film-de-kitty-green/
Est-ce un hasard si deux films - My Salinger Year (837) – traitent coup sur coup de la condition de la femme au travail dans le monde des intellectuels par le biais d’une « assistante » assignée aux tâches répétitives et les moins valorisantes ? C’est ce qui fait l’intérêt de ce film, austère, qui a le mérite de défendre une « écriture cinématographique » très travaillée, très assumée, au risque d’éloigner de l’ambition qui la sous-tend. Un film qui mérite d’être assisté pour éviter qu’il ne soit pas vu, comme ces femmes dont il montre le destin quotidien.