Où vas-tu ? demanda Pierre, qui fuyait Rome, à Jésus qui s’y rendait. Et la réponse aurait été Je vais à Rome pour me faire crucifier de nouveau. Pierre fit demi-tour ; il sera crucifié la tête vers le bas. Cette charmante légende pleine de fraicheur est évoquée par le titre de ce film où le prénom d’une femme remplace celui du prétendu fils de dieu.
Hélas, ici le martyre de tout un peuple, celui de Srebrenica fût bien réel comme le destin de l’héroïne du film, un drame insurpassable, celui infligé aux Bosniaques musulmans par les Serbes orthodoxes. La réalisatrice est née à Sarajevo en 1974 et sait de quoi elle parle. Elle le fait admirablement !
La bonne idée du scénario est de n’avoir pas fait du bourreau des Balkans, Ratko Mladić le personnage central, mais au contraire de faire le portrait d’une mère de famille, interprète, épouse d’un enseignant, comme elle, parents de deux fils d’âge adulte. Et nous allons suivre la quête désespérée de cette femme pour sauver ces hommes. En vain. Les douches avaient déjà servi aux martyres
des camps d’extermination. Ici, c’est dans une salle de cinéma que furent massacrés en juillet 1995 ces otages de la folie humaine. Le plus grand génocide depuis la Seconde Guerre qui coûta la vie à
8.372 personnes tuées en 3 jours en juillet 1995. Le siège de Saraje-vo dura 44 mois et fit 10.000 victimes.
Mais c’est l’aspect intimement humain du film qui le rend bouleversant. Certes, les soldats néerlandais de l’ONU sont présents, mais l’on ne rappelle pas qu’ils furent enchaînés pour éviter les bombardements par l’OTAN des installations militaires.
Sympathie pour le Diable (718) s’était déjà emparé de cette guerre effroyable, mais d’une toute autre manière. Comme Michael Win-terbottom dans Welcome to Sarajevo en 1997.
Nous sommes ici dans l’intime de la tragédie de tout un peuple incarné par une personne qui en assume le calvaire. Il n’est pas insignifiant de signaler que l’actrice est serbe !