En allant voir le 21e film de ce réalisateur prolifique, le spectateur sait qu’il verra un bon film de plus, après Jeune et jolie (33), Frantz (300), L’Amant double (414), Grâce à Dieu (631), Été 85 (773) e.a. même si son succès déchaîne parfois des propos vénéneux et méprisants. Ce film-ci, comme les autres du même auteur, aborde une question grave, celle de la volonté de mourir dans la dignité. Ce qui est toujours impossible dans la République française qui se refuse à légiférer. Il semble que les sujets sur « la fin de vie » se multiplient sous de nombreuses formes dans le cinéma de ces dernières années ; ce film en sera une contribution importante, à la fois parce qu’il nous fait entrer dans l’intimité d’une famille qui doit assumer un être frappé par un accident vasculaire cérébrale, et parce que le film aborde frontalement la question de la mort choisie.
Emmanuèle Bernheim a écrit l’histoire dont le réalisateur a fait l’adaptation. Ils avaient travaillé ensemble déjà pour trois films de Ozon. Les personnages sont exceptionnellement bien interprétés par André Dussolier, éblouissant, Sophie Marceau d’une justesse parfaite, émouvante, et Géraldine Paihas qui avait participé à Jeune et jolie et qui ici, forme un duo très convaincant avec sa sœur de fiction.
On le comprend dès les premières minutes du film : le père est victime d’une thrombose cérébrale et deviendra une lourde charge pour ses deux filles. C’est ce qui s’est passé dans la vie d’Emmanuèle Bernheim dont le prénom a été conservé dans le film. Ce qui est passionnant dans le récit me semble venir de la complexité familiale qui se révèle petit à petit. Charlotte Rampling est une mère absolument étonnante ; quelle actrice… Et l’on retrouve Grégory Gadebois dans un « petit rôle » pivot, lui que l’on connait bien maintenant après J’accuse (710), Police (782), Les Présidents (814) Délicieux (852). Et l’on admire Hanna Schygulla, actrice de légende depuis 1968 !
Il y a bien entendu dans le film un plaidoyer implicite pour que la demande de fin de vie puisse être rencontrée en France avec respect, sans menace de poursuites judiciaires. Il y a aussi un contexte de création artistique de plasticiens, un soupçon d’homosexualité et une sympathique judéité qui affleure ici et là. Certes, nous sommes à Paris, dans un milieu très aisé. Mais les tensions qui parcourent le film le rendent infiniment plus universel puisqu’il s’agit de la recherche de la « bonne mort ».
Le traitement de l’image par Hichame Alaouié déjà complice du réalisateur pour Été 85 (773) et qui justifie peut-être partiellement le financement en tax shelter, est particulièrement adéquat. Le montage a recours à quelques brefs retours en arrière dans la vie de cette famille ; ils m’ont semblé utiles et habilement mis en scène puisque ce sont des bons dans le temps d’une quarantaine d’années… Les décors sont étroits, les cadres rarement plus larges qu’en plan buste, la lumière entre par les fenêtres, à contre-jour, l’ambiance est d’un réalisme très discret, dans les tons froids à l’hôpital, chauds lorsque les scènes sont familiales.
Les acteurs et actrices sont filmés de très près, ce qui nous fait entrer dans leur intimité émotionnelle d’une façon poignante parfois, mais drôle aussi. Ce mélange donne au film un ton qui le distingue d’un plaidoyer didactique et qui nous laisse espérer que le jour venu, tout puisse bien se passer. Avec des musiques discrètes mais d’une grande qualité.