Permettez-moi de vous suggérer la (re)lecture du billet (199) Asphalte, un film du même réalisateur aux talents multiples d’auteur de roman, de metteur en scène de théâtre et de cinéma. Ce film-ci, son 7e, a des traits communs par la narration, sans qu’une histoire soit à proprement racontée, et des personnages ne sont décrits que de façon partielle, sans que l’on n’en sache grand-chose. Ce qui met le spectateur dans une perplexité qui le pousserait rapidement à éteindre la musique. Faites un effort, et allez au bout de ce film au moins parce que l’intention du réalisateur est de vous faire rire. Et de loin en loin, en effet quelque chose peut dérider, un instant.
Si vous appréciez Boris Vian et L’Écume des jours, si Raymond Que-neau vous amuse avec Zazie dans le métro, vous retrouverez certains de ces codes d’un humour singulier. Personnellement, j’ai pris plaisir à suivre l’une des actions du film, la mise en scène d’un spectacle ayant Simone de Beauvoir comme sujet, et Vanessa Paradis comme interprète. Il y a des moments savoureux, hilarants parfois. Alors que l’on fréquente pendant le film des barakis qui zonent dans les confins du port de Dunkerque. (Comme « baraki » est un mot belge, pour mes lecteurs français, je précise qu’il s’agit de gars mal dégrossis, issus des baraques foraines). Et comme deux d’entre eux sont belges, le mot est approprié et justifie le tax shelter et la coproduction.
Le principe est de mettre tous les interprètes dans un état d’abrutissement tel que le moindre moment d’humanité ou de tendresse
qui affleure semble un miracle. François Damiens est donc parfaitement utilisé comme prototype d’abruti. Sans le moindre moment d’humanité.
Mais il faut reconnaître au casting cette unité de ton qui en fait une sorte de troupeau dans lequel certaines jeunes filles surtout, réussissent admirablement leurs (courtes) scènes, aidées par un texte très épicé, bien écrit en collaboration avec Gabor Rassov, complice du metteur en scène et auteur reconnu pour ses adaptations dans un style singulier. Ne ratez pas la lecture par une dame peu avenante, d’un de ses poèmes dont le double sens est d’un érotisme sauvage qui range le Kâma-Sûtra au rang de bluette.
La bande musicale est très riche, faites de synchronisations de morceaux connus et de musiques originales. Mais le résultat d’ensemble, s’il suscite une certaine sympathie due à une tentative de renouveler la comédie à la française, n’en reste pas moins difficile à digérer. Ce qui vaut au film et à son réalisateur un débordement de lâches insultes anonymes non argumentées sur les réseaux asociaux.
Personnellement je trouve intéressant que des créateurs se donnent du mal rien que pour nous. Même si l’œuvre ne passe pas, si elle est indigeste. Au moins faut-il reconnaître le travail et l’esprit de cette tentative de mise en musique.