Soyez tranquilles, c’est un film très fort, d’une grande intensité qui aborde un sujet difficile (On ne changera pas Lafosse septique) ce-lui d’une maladie qui affecte le comportement, d’abord d’une façon compatible avec la vie sociale, mais dont l’extravagance puis les excès obligent au retranchement faute de pouvoir la guérir, tout au plus la juguler.
Et pour décrire cette intime tragédie, c’est un couple avec un gamin scolarisé en primaire qui est le microcosme que nous allons observer, de très près. La caméra est d’une volatilité exceptionnelle qui permet de suivre, souvent en plans très serrés, les actions, les réactions, les gestes, les expressions de ces acteurs prodigieux qui portent le film. Et qui en font son intérêt principal. Damien Bonnard m’a paru exceptionnel dans le rôle du père, peintre, qui se rend compte de sa dérive progressive et qui nous en montre les étapes avec un talent à couper le souffle. Il a joué déjà dans de nombreux films réalisés par des grands noms du cinéma ; ici, il me semble qu’il accède au sommet de son art. Son épouse dans le film, Leïla Bekhti, semble plus effacée, plus classique jusqu’à ce qu’un point de non-retour dans le récit lui permette d’exprimer son immense talent apprécié déjà e.a. dans La Lutte des classes (640) Carnivores (504) Le Grand Bain (554). Le fils est aussi touchant que charmant. Rien que pour ces acteurs d’exceptions, le film mérite d’être vu.
La maladie évoquée me semble très bien décrite et, sans doute, sera pour les proches de ceux qui en sont atteint, une sorte de dialogue douloureux mais nécessaire peut-être. Malgré la fin du film
qui ressemble plus à une panne de courant qu’à une conclusion ; c’est la faiblesse du scénario qui n’arrive pas à finir.
Le montage de Marie-Hélène Dozo est, comme chaque fois, d’une précision et d’un rythme magnifique, même s’il y a, de mon point de vue, des longueurs et des complaisances un peu trop appuyées. C’est le style de réalisation qui veut cela et qui est la force de cet auteur : mettre le doigt, la caméra, où ça fait mal et y rester le temps qu’il faut. La musique me semble particulièrement appropriée et discrète, comme pour répondre de loin en loin aux émotions que chacun partagera. Par contre je ne peux m’empêcher de commenter sévèrement la photographie de Jean-François Hens-gens qui nous livre une image sombre, quasi sous-exposée, peut-être inspirée des œuvres de Frans Hals, voire de La Ronde de nuit de Rembrandt (l’acteur est peintre…) Mais ces clairs-obscurs nous privent de la lecture de bons nombres d’éléments de décors mais surtout des expressions des acteurs filmés à contre-jour, dans une espèce d’ambiance crépusculaire. L’intention n’est que très rarement aboutie, car le film a une manifeste volonté esthétique que vous apprécierez dans le plan large où le peintre se remet au travail et fait poser son père tenant deux gâteaux et l’épouse, figée, les mains sur un vase bleu. Beau, mais trop rare moment de réussite formelle.
Petit supplément de curiosité, voilà un film dont souvent les acteurs portent le masque, signe d’une époque qui restera illustrée avec talent. Et le recours au tax shelter pour ce film me semble une absolue évidence.