Oh là là, Jacques Demy a fait des émules, façon Une chambre en ville. C’est dire d’emblée que ce film est inclassable, véritable OVNI cinématographique qui va susciter des passions, celle des défenseurs, celles des détracteurs.
Pour ma part je suis admiratif de la folie complète qui anime cet objet audiovisuel. Nous suivons un personnage, sorte de Boudu, guitare à la main, qui va à la rencontre, à Lourdes, de la jeune femme qui ne peut être moins que la réincarnation de la sainte Vierge.
Le reste de l’histoire, tirée par les cheveux (et les abondants poils de barbe de Mathieu Amalric) est à découvrir à l’écran, car l’on n’en croit ni ses yeux ni ses oreilles.
Un casting hautement improbable, de fort jolies (et excellentes) actrices, des personnages déjantés constituent cet hochepot musical. Certaines scènes laissent bouche bée, certaines chansons, certains moments semblent motivés par un esprit de provocation, une sorte de filiation avec Ubu et Alice au pays des merveilles. Les réalisateurs, natifs de Lourdes, n’en sont pas à leur coup d’essai et Amalric est leur complice depuis longtemps. Vingt et une nuits avec Pattie (190) avait déjà suscité notre perplexité. Arnaud et Jean-Ma-rie sont des frères, pas d’Ardennes, mais des Pyrénées où ils ont tourné souvent. Avoir choisi Lourdes est l’occasion de quelques bigoteries amusantes et il plane sur ce récit une sorte de douce ivresse qui enchantera peut-être le public qui prendra le risque de découvrir une sorte rare de talents non conventionnels.
Tralala est le nom donné à l’acteur central de cette fantaisie qui ne plaira pas à tout le monde mais qui restera sans doute dans la cinématographie française comme un acte d’indépendance qui témoignera aussi de la vie à l’époque de la covid.