Il est peu de sujet qui, sur toute la surface de la terre, concerne chaque humain : sa mort inéluctable.
Ce film se penche sur le quotidien d’un service, plus particulièrement du Docteur François Damas, à Liège, qui, dans le deuxième pays qui a légiféré en 2002 pour dépénaliser l’euthanasie, a une pratique qui permet de mettre subtilement en image certaines situations emblématiques de ce moment terrible où le malade (car il faut l’être) vient demander d’en finir lors d’une consultation spécialisée. Et nombreux sont celles et ceux qui viennent de France, pays dont la législation est d’un archaïsme incompréhensible qui fait honte dans un pays si volontiers enclin à donner des leçons au monde entier.
Ce qui frappe d’abord dans ce documentaire, presqu’un reportage, c’est la simplicité des dialogues patients-médecin. L’intensité émotionnelle de ces colloques singuliers est scandée par des séquences, des pauses musicales et des images sans personne, qui permettent de prolonger la réflexion et, c’est bien nécessaire, de reprendre son souffle. Car, même si les consultations sont résumées par un montage très maîtrisé, ce que l’on entend nécessite d’être assimilé. L’acte premier d’une prise en charge pour une éventuelle euthanasie est la demande. Elle doit être fondée sur un état de souffrance insupportable, inapaisable, constante, incurable, sans issue, bref, une maladie grave, évolutive, et, dans certains cas très spécifiques, de nature psychique.
Ce qui me semble admirable dans cette succession de consultations dont nous sommes les témoins, c’est que les questions adressées au patient sont privilégiées sur tout autre propos, et l’écoute des réponses est d’une qualité intense.
Vous verrez que, souvent, le patient est accompagné et c’est une façon subtile, délicate, d’aborder la difficile question du consentement de la proche famille. Le cœur de la décision repose sans doute sur l’acceptation du libre arbitre de la personne qui est demandeuse, du respect de sa dignité.
Aucun effet technique n’est utilisé par les réalisatrices, ce qui donne au film une hauteur de propos que le sujet impose, les cadres sont statiques, destinés à bien voir et ressentir ce que le non verbal transmet d’essentiel. Ce récit est totalement dépourvu du moindre voyeurisme, malgré l’intimité des destins dévoilés.
Les Mots de la fin me semble illustrer parfaitement ce en quoi le cinéma est un média irremplaçable pour créer l’empathie, être au cœur de l’émotion, parfois d’une intensité extrême. Et dans sa blouse blanche, le regard parfois difficile à capter derrière des lunettes, paravents de ses émotions, un homme seul, comme il y en a quelques-uns maintenant, qui assume ce qui est, au-delà des soins palliatifs, la décision d’en finir sur rendez-vous, après avoir consulté ses confrères, réfléchi avec son équipe, écouté cette ultime manifestation de la vie.
Le film peut être visionné à cette @dresse : https://www.rtbf.be/auvio/detail_les-mots-de-la-fin?id=2824782