Un film exceptionnel, audacieux, en dehors de toute mode, mais auquel il faut adhérer. Si l’on peut !
Le récit est celui d’une espèce de vedette d’un stand alone, un spectacle pitoyable de comique raté mais adulé et sa rencontre avec une Calas de monoprix. Annette sera le fruit de leurs amours. Le style de la narration est un peu un produit blanc façon Hair, un demi-frère de Tralala (863) mais qui aurait piqué tout l’héritage, car la production est fastueuse. Ce qui ne suffit pas à faire un spectacle, long, sans intérêt perceptible si l’on n’est pas « branché », sans histoire crédible. Alors pour tenir compagnie aux spectateurs, il y a une bande son qui ne vous lâche pas une seconde. Elle est due aux coscénaristes ! Pelléas et Mélisande réorchestré par Al-ban Berg, du metal criard, un hommage sans doute à David Bowie, des lyrics (parties avec textes chantés) qui n’enchantent guère. La musique est créée par les frères Mael, les vieux de la vieille sous le nom de Sparks multi-étoilés dans le monde du bruit orchestré avec ce que certains appellent du talent.
Les réminiscences visuelles, comme des mots fléchés, allant de West Side Story à Pinocchio, de Stanley Donen à Bob Fosse, donnent aux spectateurs assoupis malgré le bruit, l’occasion de prendre la mesure de leur ignorance de ces influences qui ne remplacent ni le talent ni l’inspiration.
Cinéaste de recyclage (Avec Mauvais sang ce n’était pas seulement Rimbaud, mais Godard et d’autres qui étaient convoqués) Léo Ca-rax a laissé un souvenir singulier avec Les Amants du Pont-Neuf, production chaotique, et Holy Motors en 2012 achève de lui tailler un costume de réalisateur maudit et sulfureux, porté aux nues par certains, voué aux Gémonies par d’autres.
Ici, Adam Driver et Marion Cotillard assument ce que Denis Lavent et Juliette Binoche avaient dû défendre avant eux avec ce cinéaste, une œuvre très singulière d’un réalisateur qui se la joue un peu Hit-chcock en producteur dans son propre film.
Mais il est convenu de crier au génie… Et le début du film laisse espérer qu’il y en aura tout le long des 140 minutes de démonstration du savoir-faire testamentaire d’un réalisateur hors normes. Il faut souligner le travail de Caroline Champetier à l’image, un talent exceptionnel (*Les Gardiennes (457) Hannah Arendt, Des hommes et des dieux, parmi tant d’autres). Et le tax shelter a trouvé une nouvelle occasion de financer quelques techniciens pour justifier l’emploi de moyens financiers destinés au cinéma belge.