Pas très reluisant, hélas. Car le casting est haut de gamme, et le sujet déjà très labouré mais intéressant, celui de la crise de la quarantaine. Notre personnage s’isole, sur une île métaphore de son état d’esprit, et sujet à de très belles images. Ses préoccupations sont celles de son couple, sa maîtresse, son boulot de musicien de cinéma. Et dans ce refuge qu’il a trouvé (avec un piano désaccordé) nous partageons d’innombrables scènes, mi fantasmées, mi réminiscences, mi réelles, d’une originalité très variable. Il y a deux problèmes qui font que le film ne décolle pas. Il n’y a pas d’histoire, pas de vraie surprise, aucune intrigue. Et c’est une logorrhée du début à la fin du film. Certains dialogues sont percutants, mais globalement nous devons écouter des échanges de bourgeois qui se désennuient en couchant par-ci par-là. Il y a des trouvailles, quelques grossièretés pour faire audacieux, un soupçon de psychologisme de revue de papier glacé. Mais cela ne suffit pas à éviter l’ennui.
Là où le film est innovant, c’est dans la façon de faire apparaître, de façon « virtuelle », les personnages qui participent, d’abord comme témoin, mais très vite comme interlocuteurs, aux états d’âmes, aux réflexions et aux coucheries de ces gens charmants et désemparés. A un moment, lourdement souligné par l’accordage du piano, les choses changent pour notre héros et c’est avec lui-même que le dialogue continue de façon très appuyée. Avec des trucages très réussis. Comme la musique est le métier du héros, nous en sommes agréablement bercés, diégétique et extra diégétique, ce qui ajoute au film un côté « bien fait par un bon élève », musique signée par Alexandre Desplat, une fois encore. Et comme l’on aime « l’entre soi », soulignons que c’est Alain Attal qui produit, comme il l’a fait déjà pour Nous finirons ensemble (638) Rock’n Roll (365), Blood Ties, Les Petits mouchoirs, Ne le dis à personne, Mon idole, tous ces films réalisés par Guillaume Canet. Ici, le scénario a été torché en 4 semaines, et le tournage aussi en un mois. Et cela se sent… Guillaume Canet dirige le film et en assume avec efficacité le premier rôle. Virginie Efira est son épouse. Même lorsque le rôle est mal écrit, peu développé, elle est très bonne, naturelle et parle juste, quoi qu’on lui fasse dire.
Les ingrédients du film sont nombreux mais, comme pour un barbecue de vacances, peu raffinés et assemblés avec une telle maladresse que le goût en devient informe. Une pincée de film d’épouvante, un soupçon de psychologisme, une tentation éroticoprovocatrice, des histoires de famille, tout cela ne suffit pas à épicer avec talent ce qui aurait pu éviter au spectateur le risque d’être hors de lui. Ce qui reste incompréhensible, c’est le tax shelter pour une coproduction franco-belge, certes, mais dont la Belgique semble totalement absente.