Quel film exceptionnel. Je ne l’ai découvert que fort tard, après que les gazettes lui ont tressé des lauriers, que les Oscar l’ont invi-té à leur table, que la gloire ne le précède en toute chose. Et bien je n’ai pas été déçu. D’abord parce que je ne savais rien de l’histoire - et donc n’en dirai rien - et aussi parce que j’avais été ébloui déjà par ce réalisateur dont la puissance des images, la narration vigoureuse, audacieuse et originale, m’avaient laissé un souvenir plein d’admiration. (*La merditude des choses)
La chronologie de ce film est déjà une parfaite démonstration que le cinéma porte en lui des singularités narratives qui lui sont propres et qu’un montage brillantissime élève au niveau rare des chefs d’œuvre. Pas simple du tout, tant les chronologies entremêlées sont complexes.
La dynamique narrative repose, elle, sur l’incroyable puissance émotionnelle que ce « saucissonnage » du récit ajoute à une histoire déjà pas très franchement marrante.
Il me semble n’avoir pas souvent eu l’éblouissement d’un montage qui devient l’axe principal du récit par ses enchaînements vertigineux, par sa pertinence narrative parfaite, par sa construction progressive et imprévisible qui mène le spectateur bien au delà de l’histoire, vers un destin.
Si l’on inventorie dans chaque séquence ce qu’elle ajoute au récit, si l’on explicite les liens entre ses apports successifs, je pense que ce film pourrait rejoindre de grands monuments du cinéma et de la littérature.
Bien entendu, comme chaque fois, une telle réussite repose sur un ensemble de choses admirablement maîtrisées.
L’histoire en elle-même. Je ne la révèlerai pas... Allez voir le film. La construction du récit, je le répète tant cela me semble rare et splendidement architecturé.
Les acteurs tous absolument imprégnés de leur vérité, de leur sensibilité, de leurs liens à l’histoire principale, même lorsqu’ils n’y concourent que fugacement.
La photographie, les cadres sont chaque fois étonnants et intégrés parfaitement aux propos du films. Jamais d’esthétisme ou d’effets pour éblouir. Les éblouissements sont intérieurs.
Voilà un film qui devrait être vu et revu pour que décantent en chacun d’entre nous les saveurs d’un art qui atteint là sa parfaite maîtrise et son apogée, sa raison d’être : nous conter, nous montrer ce que nous ne pourrions connaître autrement.