Certitudes retrouvées : le cinéma est un art irremplaçable lorsqu’il est pratiqué à ce niveau de talent ! C’est le huitième long métrage d’un réalisateur qui, avec des fortunes diverses, a démontré déjà son savoir-faire et parfois l’originalité de son talent. Chacun se souvient de Marguerite et j’avais commenté L’Apparition (480). Ici le casting mélange des compagnons de route du réalisateur (Cécile de France, Gérard Depardieu, e.a.) et d’autres acteurs tous remarquables.
Il faut citer Benjamin Voisin qui assume magistralement le rôle pivot de cette Comédie humaine qui se déploie sous nos yeux. Très remarqué dans The Happy Prince (545) et Été 85 (773) il est d’une vérité qui éblouit dans le rôle d’un arriviste, blessé par la vie, qui connaîtra deux amours concurrents et toutes les vicissitudes que son talent d’écrivain et son ambition nourrie par le besoin de revanche sociale vont déclencher en lui. Jeanne Balibar que nous avions admirée dans Barbara (429) est ici d’une élégante laideur qui est le miroir de sa perversité sociale. Xavier Dolan, ce génie hors pair, est magnifique de turpitudes intellectuelles, et Vincent Lacoste n’est pas en reste dans un rôle très tordu. Salomé Dewaels, très remarquée dans Fille de joie (754), actrice belge, est épatante et n’a plus rien à envier aux premiers rôles comme celui de Cécile
de France, sa compatriote, sublime dans son personnage de noble provinciale. C’est vraiment un casting d’un rare niveau qui donne au film du charme à chaque plan, tous admirablement éclairés par Christophe Beaucarne, chef opérateur belge qui a donné une dorure à l’ensemble des images de cette « restauration », celle de la royauté en France en 1814 qui verra sur le trône les deux frères de Louis XVI, Louis XVIII d’abord (l’époque du film) puis Charles X.
Écrit après Le Père Goriot, le roman éponyme n’est sans doute pas le plus connu des 90 livres de la plume de Balzac et je n’ai pas honte d’avouer que ce film sera, pour moi comme pour tant d’autres, une excellente occasion de replonger dans cet univers du début du XIXe, période de transition entre l’Empire et la Monarchie de juillet qui précède la IIe république. Vous vous régalerez d’y découvrir tant d’inventions, la rotative, la publicité, même une machine à applaudir. A mes yeux, la réussite du film tient à plusieurs choses très maîtrisées. L’ambiance de l’époque. Voyez le héros débarquant sur les boulevards tourbillonnants ! Le boulevard du crime comme si vous y étiez, les dîners, les soirées au spectacle…