Les mérites du film sont nombreux et sont en lien avec ceux qui m’avaient séduit dans d’autres films de ce réalisateur, Ils sont partout (273) mais surtout Le Brio (448). Sans doute d’abord la vigueur des dialogues, les répliques qui claquent, ce qui, lors des plaidoiries, devient un art en soi, un peu passé de mode hélas, car la pensée nécessite plus que des tweets pour se déployer dans toute sa complexité.
L’usage de ses munitions de lâches, utilisées sur les réseaux asociaux, est d’ailleurs bien mise en lumière, sorte de tribunal du numérique sans que les victimes n’aient droit à la parole.
Dans le film, la parole est bien organisée : la sienne, celle de l’autre, celle de l’instruction et du procès, successivement. N’attendez pas une conclusion consensuelle. Le jugement sera considéré par les uns comme complaisant car, s’il est coupable, il fallait être plus sévère, ou comme un jugement injuste, car s’il y a un doute, il doit bénéficier à l’accusé. Mais alors, comment la victime, qui en tous cas se ressent comme telle, peut-elle continuer à vivre sans être reconnue ?
Bref un débat complexe et sans mode d’emploi façon IKÉA.
Il faudrait souligner le talent de tous les acteurs, la façon dont ils sont filmés par une caméra qui les poursuit avec une particulière agilité, rendant ce sentiment d’enquête, d’investigation, très palpable. Et le changement de format entre le récit et les retours en arrières qui nous plongent dans les faits tels que le réalisateur les recrée, est un moyen subtil, utilisé déjà, de dissocier les temporalités.
Le choix de la salle d’audience du palais de justice de Créteil, toute en courbes, est révélateur aussi d’une ambition, celle de ne pas se confronter dans un face-à- face sans alternatives, mais de réfléchir tous ensemble, dans une assemblée où la position de chacun laisse la place à un regard enveloppant et pas prédestiné à la sanction immanente.
Si le cinéma a permis de faire bouger les consciences qui ont abou-ti à l’abolition de la peine de mort, à la dépénalisation de l’interruption de grossesse et bientôt à celle de l’euthanasie en France, il faut espérer que ce film-ci aura une influence déterminante pour qu’après le devoir conjugal, le consentement plus ou moins explicite, l’on en arrive enfin à l’expression d’un sincère désir partagé avant de livrer l’intimité de son corps. Les choses en deviendraient tellement plus humaines.