Aline au pays des merveilles, une sorte de conte de fée, kitch à souhait, mais une production de haut vol qui rivalise avec ce que les américains font de manière magnifique : redonner vie à un(e) artiste de variété. Et Valérie Lemercier donne l’immense mesure de son talent de scénariste-dialoguiste, de metteur en scène et d’interprète. Respect ! Elle rivalise par le jeu avec Lisa Minnelli, et il plane sur le film une poussière d’humour, une légèreté, qui le rend très particulier.
Il s’agit d’un biopic chantant, qui surmonte assez bien les trois conditions qui me paraissent nécessaires à ce style de récit : que la personne « réincarnée » soit crédible, que son entourage soit intéressant et que la partie de sa vie choisie pour être racontée soit porteuse de sens. Ici le récit est ambitieux qui démarre lorsqu’Aline n’a que 12 ans. Et le spectateur découvre avec effroi que c’est déjà Valérie Lemercier qui assume le rôle de cette préadolescente. Vous découvrirez les divers subterfuges utilisés pour ce stratagème qui est certes, audacieux, mais qui fait craindre le pire pour la suite. Heureusement le rythme très soutenu du film, son ambition, l’alternance entre les concerts et la vie privée font rapidement oublier ce bricolage un peu pataud du début. La bande sonore, véritable colonne vertébrale de ce genre cinématographie, tient admirablement son rang, le casting est décalé, amusant, sucré comme du sirop d’érable, mais attendrissant. Les moments clés qui font basculer les ambiances, avancer l’histoire, sont très fugitifs, sans lourdeur, jamais appuyés. Et très souvent marqués par un humour de dialogue ou de situation qui donne un ton très spécial à cette production audacieuse.
Car s’emparer de la vie de Céline Dion pour retracer son parcours n’est tout de même pas la chose la plus évidente ! D’autant que certains aspects très privés de sa vie (réels ou imaginaires, je ne le sais, n’étant pas lecteur de Voici, ou de Gaëlle) sont décrits de façon peu complaisante. Pour n’en citer qu’un exemple, l’immense villa dans laquelle vit la famille est amusante à découvrir mais décrite sans complaisance. Les charentaises minables du début sont remplacées par une collection de chaussures extravagantes. Bref, beaucoup d’imagination, d’habileté et de talents réunis, comme celui des costumes, de la lumière qui concourent de façon déterminante à cette pièce montée qui n’est pas, c’est vrai, de la pâtisserie fine. Le chef opérateur, Laurent Dailland est un poids lourd du métier ; il a exercé son talent e.a. pour Catherine Breillat, Radu Mihaileanu, Alain Chabat, Nicole Garcia et Sophie Marceau ou Régis Warnier, excusez du peu. Catherine Leterrier exerce ses talents de costumière au théâtre, à l’opéra et surtout au cinéma depuis plus de 40 ans et a travaillé de nombreuses fois avec Valérie Lemer-cier. La voix adulte chantée est celle de Victoria Sio, un talent qui s’impose et est parfaitement incarné par la comédienne qui chante donc en play-back.
Le casting est essentiellement québécois, ce qui est aussi dépaysant que séduisant par le talent en particulier de Danielle Fichaud qui est la mère, magnifique d’humour et de tendresse.
Hugues Dayez a, une fois de plus, et sans le moindre argument, dénigré ce film (c’est généralement bon signe) sans même mentionner que le tax shelter et Belga film qui le coproduit sont belges, ce qui est difficilement compréhensible car cela ne se voit jamais à l’écran.