Ignorant tout de ce film, je croyais y découvrir une comédienne d’un lumineux talent ; elle a été couronnée du prix d’interprétation féminine à Cannes ! Et à elle seule, elle justifie l’immense plaisir que ce film singulier procure.
D’abord par sa structure un peu cérébrale, mais soit, pourquoi ne pas scander un film par chapitre comme il se fait pour un roman, un récit ? Ici l’histoire est celle de ce moment de la vie peu décrit au cinéma, la trentaine. Cette jeune femme arrive donc sous nos yeux intéressés à la fin d’études mal gérées qui la laissent un peu dans le flou pour la suite. A ce flou s’ajoute celui d’un amour inattendu qui survient de façon très ordinaire. Ce qui amène notre personnage à se frotter à la vie d’une « belle » famille. Et là je vous promets quelques moments savoureux sur ce stéréotype de la famille, heureuse, pleine d’enfants. Enfant ? Oui ou non ? Telle est l’une des questions cruciales pour une femme de cet âge. Mais aussi la séduction. Et l’envie de s’épanouir pour soi, sans avoir de comptes à rendre à quiconque.
Bref, les thèmes qui s’entremêlent sur un tempo lent et modéré di-rait-on en musique, sont nombreux et nous promènent avec une
particulière finesse, une sensibilité qu’il m’a semblé très féminine, durant ces années d’aiguillages des chemins de vie que l’on n’empreinte que dans un sens et une seule fois. Pas de marche arrière possible.
L’actrice Renate Reinsve, elle, elle va de l’avant et marquera, je le pense, comme Jean Seberg dans A bout de souffle par exemple, un personnage qui incarne une époque de façon iconique.
Et l’on devinera que le titre original suggère ici que quelqu’un d’infiniment aimable peut être, ou se ressentir, radicalement contrasté.
Ce film est le 5e d’un réalisateur norvégien qui me semble d’une grande sensibilité psychologique, très à l’écoute des femmes, et d’une rare élégance d’écriture, tant scénaristique que visuelle. Avec beaucoup de retenue, ce qui donne au film un style, une classe qui le distingue, sans effets ostentatoires. Il en est pourtant de très beaux. L’usage subtile de la voix off accompagne l’évolution de l’histoire à certains moments charnières.
Et l’on arrive à la fin des chapitres avec ce sentiment rare de s’être fait une nouvelle amie.