La nuit prochaine, je la passerai ailleurs. Le film est brillant, d’une invention visuelle d’une rare originalité et qualité, le casting, la décoration, la lumière, tout nous rapproche des productions très haut de gamme. Mais la question qui me parait centrale est de savoir à quoi sert tant de talents lorsqu’ils sont mis au service d’un sujet disons, pour public très particulier, celui qui se pâme devant le fantastique et l’épouvante.
Pourtant les choses commencent délicieusement dans un cottage des Cornouailles occupé par une charmante grand-mère qui s’apprête au départ de sa si mignonne petite-fille vers Londres pour y suivre des études de styliste. Nous sommes amenés à suivre cette oie blanche dans un univers qui la dépasse assez vite et de maintes façons qui vont dérègler son équilibre mental. Les événements, les personnes auxquelles le spectateur sera confronté, parfois longuement, de façon un peu répétitive, vont transformer sa vie en cauchemar permanant, jusqu’à ce que l’on en arrive aux images sanglantes et clichées d’égorgements.
Je dois l’avouer, j’ai beaucoup admiré la partie du film qui établit les éléments destinés à être dérèglés de façon de plus en plus « fran-kensteinienne ». Et comme la folie n’est pas ce qui me touche le plus, traitée comme elle l’est dans le film, l’admiration pour la virtuosité technique ne me suffit pas à m’éviter d’un peu bailler. Sans doute est-ce aussi la raison pour laquelle je n’ai pas eu la chance de voir les autres films de ce réalisateur dont les talents ont été très
reconnus déjà dans ce domaine façon Halloween gore pour adultes infantiles.
Les deux actrices qui sont en quelques sorte le reflet l’une de l’autre, Thomasin McKenzie, l’oie blanche et Anya Taylor-Joy, forment un couple en miroir qui est spectaculaire.
L’ambiance de Soho des années 60 est très bien restituée (et me rappelle les mois qui j’y ai passé comme stagiaire en 1970…) la bande sonore contribue énormément au charme de cette reconstitution.
Bref un film à voir avec une attention soutenue tant il a de qualités, même s’il n’a pas à mes yeux, réussi à les agréger avec la maîtrise attendue. Une leçon de cinéma de très haut vol mais il n’y a pas de quoi passer une nuit blanche.