Si l’on déteste, comme moi, le monde de la nuit dont on parle tant en cette époque de Covid, si l’on considère que ces lieux dans lesquels on ne s’aventure qu’une seule fois, histoire de se conforter dans son aversion pour ces assommoirs de la jeunesse bourgeoise et dorée, on risque de passer à côté d’un excellent documentaire, plein de nostalgie et d’enseignement.
La nostalgie est celle de ces années 80 qui ont donné aux baby-boo-mer des opportunités folles dans tous les domaines, et singulièrement les plus futiles : la mode, la musique, les soirées de poseurs, la pub, les ambiances pour cerveaux mis au repos alcoolisé. Le récit est structuré par des témoignages absolument touchants de ces hommes et de quelques femmes, qui ont été au cœur de cette aventure qui a marqué toute une génération. Ils et elles se souviennent, se livrent non sans pincements au cœur, une émotion parfois qui perle aux paupières de ces baroudeurs qui ont tout vu, tout entendu, tout vécu.
Et vous allez être charmés par ces évocations pleines de finesse, d’intelligence sur leurs aventures, un regard ou la bienveillance et la lucidité donnent chaud au cœur. Soudain, dans la joie et l’allégresse
de ces folles nuits d’insouciance, arrive le sida, à pas feutrés, mais qui contamine et tue d’abord dans ces milieux qu’autrefois l’on appelait « libertins ». En outre il faut gérer les toxicomanies, les ad-dictions de toutes sortes.
Et la concurrence. Car le succès des aînés attire l’envie des générations suivantes qui impriment leur style, leurs musiques, qui s’adressent à un nouveau public. L’utilisation des nombreuses et riches archives donne à cette production une apparence de grand luxe ; c’est celui que pouvait s’offrir n’importe qui sachant se vêtir de façon fantaisiste avec trois fois rien, se maquiller avec une charmante outrance et se déhancher toute la nuit.
Au-delà de la nostalgie d’une époque parfaitement reconstituée, il y a un propos qui nous interpelle sur aujourd’hui. Que sont devenus ces rêves, quels rêves animent actuellement ces jeunes en âge de faire la fête ? Aucun propos sociologico-fumeux dans le film, pas de leçon de morale. Mais une belle leçon de vie qui rejaillit sur notre époque qui s’interroge sur le monde tel qu’il se profile à l’horizon, avec ses anxiétés et ses incertitudes qui contrastent tant avec l’insouciant bonheur à courte vue d’une époque à jamais révolue, absorbée dans l’espace d’un rêve.