A voir absolument car rien ne va vous attirer vers ce premier film d’un réalisateur suisse inconnu avec des actrices issues du milieu du sport, qui ne sont (encore) connues de personnes. Pourtant, dès l’entame du film, vous allez être pris à bras le corps par trois puissants sujets mont(r)és avec une exceptionnelle vigueur : la préparation de toutes jeunes femmes à la gymnastique sportive de très haut niveau, la relation mère-fille d’une surprenante singularité et la vie politique en Ukraine, à Kiev plus particulièrement, en 2013 et 14. Bref rappel de ce qui est nommé parfois « Euromaï-dan » ou « La révolution de Maïdan », le mot maïden désignant le lieu sur lequel tout s’est joué à Kiev en février de cette année 2014, à savoir le départ du président pro-russe, l’arrivée d’une direction politique pro-européenne qui entrainera la cession de la Crimée, mais surtout plus de 120 morts et près de 2.000 blessés. Ce bref rappel est utile pour comprendre l’un des thèmes du film, traité de façon intéressante car il nourrit la relation mère/fille qui passe essentiellement par Skype. Ce qui nous vaut de voir des images d’une particulière force, filmées par les manifestants avec leurs téléphones, images un peu tombées dans l’oubli, car comme tout le monde sait, l’actualité chasse l’actualité. Le format 4/3 de télévision est utilisé adéquatement pour l’ensemble du film, ce qui lui donne un supplément d’austérité bien en relation avec le propos principal, celui de la préparation de gymnastes de très haut niveau qui rêvent des Jeux olympiques, rien de moins. Tous les Belges se souviennent avec admiration de la prestation de Nina Derwael en barres asymétriques qui lui valut la médaille d’or à Tokyo. Ce film va vous permettre de connaître le chemin d’ascète qu’il faut parcourir sans fléchir pour atteindre ces sommets sublimes. Et ce sont les prestations des actrices/athlètes principales qui donnent au film son très haut niveau d’excellence. Parce qu’elles sont éblouissantes, parce qu’elles sont filmées de façon exceptionnelle. Le sport a inspiré déjà de très nombreux et merveilleux films aux
images impressionnantes. Les Chariots de feu, I, Tonya (484), Race
(284) pour n’en citer que peu. Ce film-ci va marquer par la qualité de ses cadrages et son montage spectaculaire, de ces images de sport qui rendent cette activité parfois magique. Voyez les travellings d’accompagnement, les contre-plongées, les mouvements pour suivre ces jeunes femmes qui bondissent, se transformant en comètes. Et le caractère si déterminé de ces grandes filles, très jeunes femmes, prêtes à tout sacrifier pour la première place sur le podium, me semble admirablement montré par leurs expressions de teignes dépourvues de zygomatiques. Elles sont filmées le plus souvent en gros plan lorsqu’elles ne s’envolent pas grâce aux agrès qui sont à la gymnastique ce que sont les Stradivarius à la musique, le moyen d’atteindre le sublime. Et pour ne pas « tomber » dans l’esthétisme, le réalisateur a fait le pari d’utiliser la lumière ambiante. Ce qui donne à l’image une rugosité parfois sombre, avec des contre-jours qui rendent les visages illisibles. C’est une façon habile de marquer la pugnacité de ces athlètes dévorées par l’ambition. Il faut ici mentionner la collaboration de la scénariste Raphaëlle Valburne Desplechin qui s’est distinguée dans des sujets exigeants tels que Home (346), Nos batailles (548) ou Tournée en 2010 par exemple. L’on ne peut passer sous silence la bande sonore très travaillée, tant pour les musiques qui accompagnent avec une grande intensité les séquences du film, que la richesse quasi musicale des effets qui soulignent l’incroyable travail des corps sans cesse à la recherche de dépassements qui parfois les mènent au-delà du supportable pour les organismes ainsi sollicités. Après la vision de ce très spectaculaire film, vous aurez aussi besoin d’un peu de repos, bien mérité !
A lire, après vision du film, le commentaire de Bénédicte Prot : https://www.culturopoing.com/cinema/sorties-salles-cinema/elie-grappe-olga/20211123