Un film essentiel car il traite de ce sujet qui nous concerne tous, la fin de nos vies.
C’est à la mode au cinéma et je ne referai pas la liste des mourants de toutes natures qui ont inspiré les scénarios ces derniers temps. Ici c’est le point de vue de l’autrice qui est intéressant : la mort prématurée d’un fils dans la force de l’âge due à un cancer du pancréas. Et disons-le tout de suite, Benoît Magimel est parfait même s’il est difficile d’être physiquement convaincant dans cette déchéance physique qu’il a assumée par des régimes draconiens et successifs, le tournage ayant dû être réparti sur plusieurs périodes. Il y a eu une volonté de la réalisatrice de ne pas nous imposer une image de La pietà inspirée par un médecin légiste ! Cécile de France est irrésistible de charme et d’une intensité exceptionnelle. Catherine Deneuve est souveraine ; mal coiffée, accablée de chagrin, le regard égaré, noyé de larmes, le verbe maladroit, elle est une mère courage qui impose le respect. Et la grande découverte du cas-ting, c’est le médecin, le Dr Gabriel Sara, praticien à New York et un homme exceptionnel à découvrir ici :
http://www.rose-up.fr/magazine/interview-gabriel-sara-oncologue-film-de-son-vivant/#1 et encore : http://www.agendaculturel.com/article/Musique_Docteur_Gabriel+Sara_la_musique_peut_jouer un_role_essentiel_en_medecine
Prenez la peine de vous documenter sur cet homme que le cinéma nous permet de rencontrer. C’est un événement !
Le film résume une année, celle qui démarre au moment de « l’annonce » et qui se termine aussi par une annonce, vous la découvrirez. Tout le film est d’une grande sensibilité et d’une belle subtilité. Les moments d’intense émotion et de détente se répondent comme les manifestations indissociables de la vie. Et il y a une histoire de fils qui symbolise bien toute la complexité du secret, du non-dit.
Le truchement du théâtre est habilement appelé à la rescousse, comme celui de la musique et de la danse. Ce n’est pas un film à voir avant un dîner en amoureux ou un repas de fête. C’est un film à voir par égard pour toutes celles et ceux qui ont souffert ou souffriront un jour de ce drame qu’est le cancer mortel. Chacun y apprendra un peu de ce qu’il peut faire pour accompagner cette indicible souffrance et la ponctuer de rencontres, de réconforts.
La musique est utilisée de façon inhabituelle, tant de façon diégé-tique qu’extra diégétique comme il faut dire lorsqu’on voit d’où elle vient ou qu’elle est montée pour des raisons d’illustration émotionnelle.
Cécile de France et l’excellent chef opérateur, Yves Cape, sont les deux Belges qui justifient sans doute l’utilisation du tax shelter dans un film français.
La réalisatrice a trois talents : celui d’actrice (*Mon roi (177)) de dia-loguiste-scénariste pour d’autres (*Polisse ¬dans lequel elle joue l’un des rôles) et de réalisatrice (*La Tête haute (136) La Fille de Brest (415)). Personnellement je suis particulièrement sensible à la qualité de ses dialogues. Car dans ce film, c’est la verbalisation de ces ressentis bouleversants qui me semble en faire quelque chose de rare, de très vivant.