Trois étages, trois générations, trois familles. Un film rare par sa structure et la grande délicatesse dans la façon de raconter. Nous faisons connaissance, successivement, d’un couple de retraités, d’une famille dont le grand fils va prendre le large, d’un couple de jeunes parents, d’une épouse, jeune mère, dont le mari travaille au loin. Les liens entre eux tous seront examinés finement sur une longue période, laissant à chacun le temps d’évoluer de manière approfondie, crédible et pleine d’humanité. La richesse de la bande sonore contribue pour beaucoup aux ambiances, aux moments de basculement psychologique.
Le film commence de façon très vive, le spectateur est immédiatement accroché à l’écran et nous comprenons que les interactions entre ces familles vont générer une grande complexité que le temps renforcera de façon intéressante, car l’évolution des événements que ces gens partagent est loin d’être prévisible et elle réserve de belles surprises.
La « lecture » du film, son analyse, est d’une infinie complexité, d’une rare richesse.
Il y a la dimension psy, sociale, l’allégorie anticipée du confinement, les réflexions liées à la transmission d’un monde sur lequel pèse une chape d’inquiétudes nombreuses.
Le scénario est adapté d’un roman, ciselé par un grand orfèvre. Mia Madre (180) est l’un des 13 films réalisés par cet artiste d’une rare finesse psychologique qui choisit et dirige des castings subtils, et qui joue à chaque fois l’un des rôles, ici, celui d’un juge. Fonction intéressante, vous en jugerez, car elle a une forte symbolique, c’est un appel à la prééminence de valeurs éthiques dont le décès de cet homme laisse craindre qu’elles ne survivent plus longtemps. Et cependant, à la fin, une scène fellinienne de danse en pleine rue semble souffler l’espérance que, ensemble, nous pouvons tout.
Si vous en avez le temps, lisez ici, après avoir vu le film, un article très riche en informations et commentaires ; il donne la mesure de la cruauté de ce milieu du cinéma ou ceux qui restent assis dans les salles pensent mieux savoir que ceux qui créent : https://fr.wikipe/dia.org/wiki/Tre_piani