La fracture d’un coude, celle d’un couple, celle de la société, voi-là l’ambitieux défi que la réalisatrice relève avec une fougue et un talent qui laissent pantois.
Nous entrons en catimini dans un service d’urgence d’un hôpital parisien, une nuit après de grandes manifestations qui ont fait de nombreux blessés.
Et nous ne quitterons plus ce microcosme hospitalier, filmé avec un rare réalisme, une imagination et une énergie qui coupe le souffle. La réalisatrice nous avait gâté déjà avec La Belle Saison (150) et Un amour impossible (561) avec la même talentueuse cheffe opératrice, Jeanne Lapoirie. Valéria Bruni Tedeschi nous plante un personnage dont elle a le secret, extravagante, hystérique et attendrissante.
On retrouve Marina Foïs en grande forme, et je gage que Pio Mar-maï, En liberté (556) après ce film-ci, va se hisser sur les plus hautes marches des castings. Ce que l’on souhaite aussi à Aïssatou Diallo
Sagna, l’infirmière, véritable pilier de ce service d’urgence. Elle est une aide-soignante de profession qui a été choisie pour incarner ce personnage central, ce qu’elle fait admirablement. La caméra est tenue à la main ce qui est particulièrement approprié pour suivre ces chaos incessants de la vie de ce service, mais aussi les moments de manifestations véhémentes reconstitués d’une façon admirablement crédible.
Sans que cela ne soit encombrant dans le plaisir que l’on éprouve à découvrir ce film bouillonnant, il faut signaler une nouvelle fois les soutiens au collectif 50/50 défendant la présence égalitaire des femmes et des hommes dans les métiers du cinéma, mais aussi d’autres engagements sociaux, qui donnent à ce film une densi-té dans les propos, les situations, à des moments parfois fugaces mais dont la pertinence est toujours sous-tendue par une ligne idéologique intéressante, bien argumentée et sans lourdeur tant l’humour règne en maître de cérémonie durant cette nuit de folie.