Il faut aimer cela, un scénario famélique qui repose sur le triangle éculé : femme, amant, puis mari et le retour de l’amant. Les trois acteurs font le job, mais à aucun moment l’on ne ressent la passion qui lie les amants et justifierait la reprise de leur liaison. Mais comme une incertitude plane sur l’évolution de ces attachements, on espère. Le film est construit comme une tragédie antique, heureusement en trois chapitres seulement.
Pierre Niney, vu souvent, Frantz (300), Boite noire (854) e.a., acteur d’un grand talent, campe ici un personnage trouble mais lisse, sans grande surprise. Benoit Magimel est un mari bourgeois, grassouillet, infatué de lui-même, campé de façon très « juste » mais sans évolution dans son personnage. Stacy Martin est parfaite dans le rôle de mygale ; souvenez-vous de Le Redoutable (434), All the Money in the World (461), La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil (159) et Dernier Amour (633) e.a. Peu séduisante, elle ne quitte pas son air renfrogné, ce qui lui crée un personnage plus revêche que charmant. Le coscénariste, Jacques Fieschi a travaillé beaucoup avec Nicole Garcia : Mal de pierres (317) Un beau dimanche et encore Un balcon sur la mer, Selon Charlie, L’Adversaire, Place Vendôme, Un wek-end sur
deux, et avec de nombreux autres réalisateurs comme Xavier Gian-noli pour L’Apparition (480) Jalil Lespert pour Yves Saint-Laurent (75) Anne Fontaine pour Coco avant Chanel ou Nathalie, et aussi 3 films de Claude Sautet, bref un très grand format du métier de scénariste, trois fois césarisé. Et pourtant je trouve qu’ici, le scénario est maigrichon, sans rebondissements, sans personnages complémentaires, sans réels enjeux, sans surprises.
Le charme du film, à mes yeux, repose sur le travail de l’image. La décoration de Thierry Flamand, fidèle de la réalisatrice, a créé un univers dans lequel domine le noir qui est photographié de façon sublime par Christophe Beaucarne avec son collaborateur Stéphane Thiry. Regardez le premier plan, lorsque la caméra s’approche d’un lit de draps noirs. Pierre Soulages, ses « outrenoir » et ses « noir-lu-mière », trouve ici un reflet admirable de son art si difficile.
Un film noir, c’était bien l’intention de la réalisatrice qui ambitionnait de mélanger les deux styles, tragédie et romance, mais ce métissage reste peu convaincant, nous laissant à admirer les images et le jeu des acteurs en écoutant une belle bande sonore.