Une réussite parfaite. Le réalisateur est connu, adulé parfois, pour ses sujets et son style très sophistiqué de mise en image. Julieta
(272) Dolor y Gloria (661) The Human Voice (799). Et tant d’autres : Tout sur ma mère, Parle avec elle, Femmes au bord de la crise de nerfs, Vol-ver, etc.
Il n’est pas indifférent de signaler que cet homme, Almodóvar, mul-ti primé, a vécu le franquisme des années 70, car le film aborde ce thème pour la première fois dans son œuvre. L’histoire démarre ici par la rencontre avec un spécialiste des fouilles de fosses communes, sépultures honteuses des victimes de la Phalange durant la Guerre civile espagnole. Le gouvernement actuel a suspendu le financement de ces excavations alors qu’il y aurait 100.000 personnes encore à identifier dans 4.000 fosses environ. Ce thème nous reviendra de façon bouleversante dans la dernière partie du film. Car un autre sujet va nous captiver, celui du destin parallèle de deux mères.
L’histoire est très proche de quelque chose de banal, de simplement ordinaire, mais elle prend une dimension métaphorique puissante. Inutile de dire que l’actrice Pénélope Cruz devrait suffire à justifier d’aller découvrir ce film, elle est sublime. Et les nombreux autres comédiens et comédiennes qui l’entourent sont tous d’une subtile justesse. Une mention spéciale pour Israël Elejalde qui défend ici un rôle complexe et interprété avec beaucoup de finesse, celui du partenaire de Pénélope Cruz.
La beauté formelle, et sans tapage, de l’image rend ce récit agréable et consensuel car il parle de l’amour, de la maternité et des drames
de la vie avec une diversité de point de vue et de sensibilité qui émeut tout au long du film qui se termine par cette citation de Eduar-do Galeno, dramaturge uruguayen : « Il n’y a pas d’histoire silencieuse. Qu’on la brûle, qu’on la brise, qu’on raconte n’importe quoi dessus, l’histoire humaine refuse de se taire. »
Et souvent, comme dans ce récit, le refus de se taire dépend d’un seul témoin qui, ici, a pu désigner le lieu du massacre. Un seul témoin encore, Roberts Hébras, qui a raconté le massacre de Oradour-sur-Glanne, un seul témoin, Maurice Percivalle, qui a permis de connaître les massacres de Signes, dans le Var, là où furent martyrisés 38 personnes dont Allain, nom de guerre du grand-père d’Éliane Dubois.
Ce film est structuré comme le serait du béton armé, par de nombreux éléments qui donnent une puissance immense aux moindres plans mais de façon dissimulée le plus souvent par le biais choisi par le réalisateur. Une tarte de pommes de terre évoque à elle seule la tradition qui doit se transmettre, la prise de vue photographique est le vecteur du regard sans concession, appuyé subtilement par l’usage fait des « planches de contact » dans les génériques.
Et le secret est incarné, si l’on peut dire, dans les tests ADN qui jouent un rôle clé dans les deux versants de ce récit qui se répondent de façon très pertinente, n’en déplaise à ceux qui trouvent le film hybride. Il n’y a pas que ces maternités qui sont parallèles. L’Histoire et la vie au quotidien le sont plus encore, et les secrets, ce que l’on tente de cacher, finissent toujours par renaître. Félicitations aux accoucheurs.