The Kid, titre indéfectiblement attaché à Chaplin, est ici utilisé pour son double sens, celui qui désigne le lien entre un père et son fils, et celui qui renvoie à ce film muet irrésistible de Charlot. Vous en découvrirez l’usage qui en est fait dans cette fiction proche d’un reportage. Et si cette histoire nous est contée, c’est parce que ce fils de bientôt vingt ans est autiste. Les parents ne vivent plus ensemble et c’est le père qui assume le quotidien, la mère n’ayant qu’un but très déterminé, placer ce garçon dans une institution spécialisée.
Nous allons partager cette courte période de désarroi supplémentaire pour ces deux hommes qui refusent ce placement, ou qui, plus profondément, ne trouvent plus en eux l’énergie immense que, dans ces circonstances, il faudrait mobiliser pour expérimenter un angoissant changement radical de vie. Ce n’est pas le premier film qui aborde cette singularité de ces cerveaux étrangement configurés, et qui posent aux parents de si douloureuses questions. Elles sont ici traitées avec une authenticité et une pudeur absolument bouleversantes. En attendant les hirondelles (450) Hors normes (707) Le Goût
des merveilles (191) sans remonter jusqu’à Rain Man ou Toto le héros dont le handicap est d’une autre nature, s’étaient centrés déjà sur cette épreuve terrible de donner un destin à celles et ceux qui ne pourront jamais en être les maîtres. Ce film-ci se singularise, à mes yeux, par une exceptionnelle intériorité ; celle qui mine le père, celle inapaisable du fils, qui sont saisies par une caméra très proche des visages et donc de la perplexité, de la souffrance qu’ils expriment.
Et sur ce thème que l’on croirait par nature replié sur lui-même le cinéaste arrive à nous faire sortir de la routine, à voyager un peu, à rencontrer d’autres adultes, à faire sentir le talent d’artiste graphiste du père. Le film a souvent recours à des plans longs qui impressionnent tant par ce qu’ils montrent que par l’exceptionnelle talent des acteurs à le montrer. Nul ne sortira indemne de ces moments très émouvants, intimes et déchirants qu’il nous est donné de partager. Un film de funambules qui nous laissent bouche baie, profondément émus par cette performance inaccessible au-dessus du vide et cependant parfaitement réussie.