Il va y avoir les Jets pour et les Sharks contre ce remake. Car tel est bien le défi que s’est fixé ce grand maître du cinéma avec un modeste budget de 100.000.000 $. Vous le ressentirez sans doute comme moi, ce film est un hymne à l’amour, d’une forte actualité, celle qui dresse les communautés, les groupes ethniques les uns contre les autres. Et je ne peux m’empêcher de lire la dernière partie du film, avec la confrontation mortelle, comme une condamnation de la violence, une déploration des comportements inspirés par de fausses valeurs sociales. Cela en est même émouvant.
La comédie musicale initiale et le film original surtout, portaient-ils le même message ? Ne l’ayant pas revu, je ne peux le dire. La bande sonore a été entièrement réenregistrée et cependant l’on croit réentendre ce qui nous avait enchanté depuis le premier film. Ce qui est par contre époustouflant, c’est la chorégraphie. Les scènes de rue, en décors naturels sont d’une fluidité spectaculaire et les scènes de combat sont réglées au millimètre pour des danseurs d’un dynamisme qui coupe le souffle.
Les costumes ont été conçus pour s’harmoniser avec chaque
« groupe », les filles qui dansent ou les mauvais garçons qui envahissent les espaces publics qui ne sont pas les leurs. L’ambiance générale est rétro pour correspondre aux années 50 où ce quartier a été complétement détruit, et le décor restitue bien ce côté « fin d’une époque ». Les Sharks sont tous des latinos, hispanophones,
groupe social sans doute très représentatif des discriminations actuelles aux E.U. et du sort des migrants.
La photographie (sur pellicule 35 m/m Kodak…) est extrêmement sophistiquée, avec des jeux de zones d’ombres et de lumières, avec des reflets et des effets de diffraction qui strient l’espace, avec une recherche d’unité de ton par décors, subtilement coordonnée avec les costumes. Les espaces naturels maîtrisés pour les besoins du tournage sont immenses et leur mise en lumière extrêmement travaillée.
Le montage est d’une exemplaire fluidité, et il ne se sent pas, tant est d’abord préservé l’enchaînement des mouvements de caméra, un festival que n’aurait pas renié Bob Fosse, Busby Berkeley ou Stanley Donen. Cette version de West Side Story a bien entendu l’ambition de rejoindre le niveau d’excellence de celle réalisée en 1961 par Jerome Robbins et Robert Wise. Ils ne sont plus là et l’on ne saura jamais si la version de 2021 aurait pu leur plaire. Mais Spielberg est un magicien aux audaces et aux talents qui contribuent à faire de ce spectacle un enchantement exceptionnel.
Lisez l’article très documenté de Manon Bricard à cette adresse si vous souhaitez connaître de nombreux et intéressants détails : https://www.linternaute.com/cinema/tous-les-films/2214777-west-side-story-liste-des-differences-entre-le-spielberg-et-le-film-de-1961/