Pour moi spencer évoque une veste courte ajustée, sans basque, ne descendant qu’à mi-dos, et à longues manches. Son origine est attribuée à un lord anglais qui aurait brûlé son habit en se chauffant trop près de la cheminée. Peut-être était-il l’aïeul de Diana dont j’ai découvert le nom de famille puisque c’est d’elle dont ce film est l’objet. Je ne suis pas un Royal Watcher, ni un lecteur assidu de la presse de caniveau anglaise, pas plus qu’un spectateur avachi de The Crown, aussi je ne peux avoir aucune distance critique quant à la vraisemblance du récit qui nous est proposé.
Mais je l’ai apprécié pour deux raisons : l’histoire se déroule sur un laps de temps très court, un w.e. de Noël, et le sujet est très concentré sur le destin de Diana, cette femme en grande souffrance.
Le contraste entre l’étiquette très rigoureuse et le désarroi de cette jeune mère humiliée est subtilement montré, avec un humour où se mêle une sincère empathie. Ce qui donne un certain équilibre à l’histoire, chacun faisant ce qu’il peut ou ce qu’il doit.
Comme il convient dans un film sur la famille royale anglaise, tout est somptueux, les décors hivernaux, le château et ses interminables couloirs accentuant la distance entre chacun, la décoration de la table, le sapin, la cuisine, les robes, même les chiens !
Le réalisateur n’en est pas à ses débuts. Issu d’une famille chilienne très active en politique, il avait déjà impressionné avec No puis El Club (189) Neruda (342) Jackie (356) exprimant chaque fois son admirable capacité à restituer l’ambiance dans laquelle les personnages décrits étaient immergés, comme ici, dans les brumes hivernales. Je gage que ce réalisateur va devenir une référence dans le genre si difficile du biopic.
Ici il est admirablement aidé par une comédienne de grand talent, parfaite pour le rôle, Kristen Stewart connue e.a. pour Into the Wild, Clauds of Sils Maria (057) Café Society (268).
C’est une maîtresse femme, Claire Mathon, qui a éclairé si subtilement le film ; souvenez-vous de Portrait de la jeune fille en feu (696) et il y a plus longtemps de Baby Balloon (102) de Stefan Liberski & Dominique Laroche, parmi tant d’autres réussites remarquables.
Ce film est traité en deux parties sans réelle césure sauf celle que l’évolution du style de mise en scène induit. D’un classicisme rigoureux, des plans longs, avec travelling spectaculaires sur rails, des mouvements de grue très cadrés, des images appuyant la symétrie et le protocole, tout dans cette description de l’ambiance corsetée du début est impressionnant. Mais lorsque la Princesse va se mettre à ruer dans les brancards, la caméra se rapproche, la suit, bouge d’une façon qui semble laisser la place à l’imprévu. A ses sautes d’humeur, à sa souffrance.
Un personnage mérite quelques mots encore pour préparer le plaisir de le voir jouer un rôle singulier dans le film, puisqu’il s’agit de Anne Boleyn, personnage de légende, née au début du XVIe siècle et qui fût
la deuxième épouse de Henri VIII avec qui elle donna naissance à Éli-sabeth Ire. Elle fit ses études aux Pays-Bas et fût dame de compagnie de Claude de France. Le roi avait pour première épouse Catherine d’Aragon dont les enfants mourraient en bas âge. Embarrassant pour la succession… C’est là que Anne, très catholique, va intervenir et elle enragera car le Pape refusera de dissoudre le premier mariage.
Toute ressemblance avec le sort des femmes de Charles, Prince de Galle, est purement fortuite…
Anne Boleyn a dû attendre 7 ans pour être reconnue, avec l’aide de François Ier, comme épouse légitime au grand dam du pape et du roi d’Espagne. Anne favorisera l’émergence de l’église anglicane.
Au décès de Catherine d’Aragon, le jaune est porté (en signe de joie ? de deuil ?) et vous retrouverez dans le film l’usage allusif, pour un costume, de cette couleur inhabituelle. Anne Boleyn fut décapitée à la française (par l’épée, pas la hache) et Henri VIII eut au total, 6 épouses sans compter ses nombreuses maîtresses.
Il ne peut échapper aux spectateurs que la présence quasi tutélaire de Anne Boleyn dans le film est un véritable acte politique de la part du réalisateur qui, à deux époques évidemment infiniment distinctes, rapproche deux destins.
Ce film n’est pas seulement un très agréable divertissement, car sous son aspect people il y a une réflexion sur le poids non pas du pouvoir, mais de la chape qui pèse sur les épaules de ceux qui en assument la continuité ; autrement plus lourde qu’une veste spencer.