Il serait dommage que ce magnifique travail, atypique, ne soit pas vu par un vaste public au motif qu’il n’est accessible que via la télévision belge CANVAS, néerlandophone. Sa carrière en salle débutera après le Festival d’Ostende en janvier 2022, après avoir été multi primé déjà à Milan.
Il s’agit d’un film (sous-titrés en français) qui capte l’âme même d’un spectacle qui a dû être postposé à Bruxelles, au Théâtre royal flamand, le KVS, pour cause de pandémie, sorte d’écho symbolique lointain à la tentative de censure dont fit l’objet le roman éponyme de Gustave Flaubert, sujet d’une véhémente polémique devant les tribunaux du Second Empire. Ce roman réaliste dont le titre complet est Madame Bovary. Mœurs de province fait ici l’objet d’une libre adaptation pour la scène grâce aux talents conjugués de la metteure en scène catalane Carme Portaceli et de Michael De Cock, directeur du KVS. Et grâce à Jaco Van Dormael, une adaptation cinématographique de ce spectacle remarquable est disponible.
Deux acteurs occupent l’écran de façon exceptionnelle, par leurs talents, par la manière dont ils sont filmés, par le texte qu’ils disent, une adaptation en néerlandais d’une qualité saisissante.
D’un roman si souvent mis à l’écran, nous écoutons la « musique intime, intérieure » exprimée d’une façon qui nous rapproche du théâtre symboliste.
Maaike Neuville, Emma, a bientôt 20 ans de carrière, nous l’avions vue dans le rôle de la pompiste de Ghost tropic (735) et elle mériterait sans doute des rôles de tout premier plan dans des productions internationales. Koen De Sutter est un acteur et un metteur en scène majeur du théâtre flamand et il donne ici de Charles Bovary, une incarnation inattendue mais saisissante, émouvante.
Le parfait mari cocu dirait-on s’il s’agissait d’une pièce de Feydeau. Alors que le spectacle nous plonge dans la méditation qui évoque le désir, la frustration, l’ambition petite bourgeoise de province, le rêve d’un monde inaccessible, celui de l’épanouissement de ses pulsions intimes qui mènent, paradoxalement, à la mort.
Et la mise en image est admirable par le recours subtil qui est fait de toutes les ressources minimalistes disponibles pour une production de ce style. Des plans longs, mais aussi des montages très cadencés de certaines séquences, les unes traitées en lents et longs mouvements de caméra, d’autres plus nerveuses, la caméra étant portée sur l’épaule.
L’utilisation des fonds d’images ajoutées qui permettent d’introduire dans le récit des lieux extérieurs, et vous apprécierez le choix de la voiture, démodée, étriquée, qui est l’un des nombreux signes de la subtilité artistique de l’œuvre.