Ce sont quelques amis (mais le sont-ils vraiment ?) qui m’ont tiré les oreilles parce que je n’avais vu aucun des 3 premiers films de la saga Les Tuche. Honte à moi : j’en ignorais même l’existence…
Voilà qui est réparé. Et si cette vision a été (bien) au-delà des craintes, elle n’a pas été totalement en deçà des (dés)espoirs.
Ce genre de film, j’en tuche pas une !
Tous ces bons acteurs redoublent d’efforts pour essayer de faire rire ; c’est effarant. La décoration et les costumes sont absolument adéquats et chaque décors est une carte postale qui oscille entre les films Coca-Cola de Noël et les magasins de poupées des années 80. L’esthétique de la laideur, proposée comme un chef d’œuvre.
Les dialogues n’arrivent pas à s’élever, les répliques font des tuche and go qui se crachent à chaque tentative de décollage.
Ne ratez pas l’homophonie de « En Asie » et « En Nazi » entre autres nombreux et laborieux exemples.
La comédienne Isabelle Nanty arrive à assumer deux rôles, son personnage titre et celui de sa sœur. Une performance amusante et bien maîtrisée techniquement.
Mais arrêtons de transformer ce film en stand de tir pour foire de province. Il y a quelque chose à comprendre pour tenter d’expliquer ce succès digne de Phénix.
Sans doute d’abord parce que nous sommes baladés dans un milieu à mille lieux du XVIe arrondissement et du 93 (Seine-Saint-Denis). Pas d’intellos, pas de toxicos.
L’histoire se veut sans histoire, les événements sont des anniversaires et des fêtes de Noël, des querelles recuites entre beaux-frères et des rêves de Miss je ne sais d’où, tout ce qui aide les smicards à s’endormir en rêvant à un monde meilleurs.
Et c’est sans doute cela qui provoque l’adhésion d’un large public à ce genre de cinéma, le plaisir de voir la France d’en bas sur grand écran, mise en lumière, sans mépris, sans condescendance, sans dédain et sans méchanceté.
Restons attentifs à ce succès provincial, attendons le succès rural des Bodin’s qui rivalise au box-office à des sommets qui font pâlir d’envie les producteurs, même Dany Boon.
Ces films sont boudés aux Champs Élysée et adulés en province dans les salles proches des gens qui s’y ruent.
Cette bienveillante fraternité humaine, cet entre-soi chaleureux, pourraient se résumer par « Tuche pas à mon pote ».