Fort en effet, et haut ce film sans vedette, mais qui laisse entrevoir que certains pourraient le devenir. Il s’agit de suivre le travail d’un
« animateur » dirait-on ici, mais qui exerce dans une sorte de Mo-lenbeeck de Casablanca, pour motiver une jeunesse désœuvrée à positiver dans un milieu traditionnel et religieux qui étouffe.
Et la musique est le moyen qui rassemble garçons et filles aux personnalités aussi diverses qu’amusantes et attachantes. Tout ce petit monde apprend le rap, le hip op, le slam, le beatbox. Ne ratez pas le gamin qui en fait son art, il est exceptionnel !
Sous une apparence bienveillante de film documentaire, nous nous familiarisons avec cette jeunesse écartelée entre un patriarcat archaïque et sans horizon mais surtout des « barbus » abominables religieux imbéciles et totalitaires.
Par palier successifs, l’histoire évolue mezzo voc*e et nous arrivons au climax plein de cet enthousiasme qui manque tant à cette jeunesse sans avenir pour qui les tentations médiocres sont nombreuses. Le film dégage une forte bouffée d’optimisme et ferait presque aimer ces styles de musiques, porteuses d’un message social qu’il faut entendre au-delà de la forme sonore parfois simpliste. Ce film est une magnifique initiation culturelle.
Le réalisateur a expérimenté personnellement cette aventure en 2012 en créant un centre culturel à Casablanca, et son film sent le vécu car il est tourné à cet endroit.
Nabil Ayouch est une personnalité très importante dans le domaine de la culture politique pour le Maroc, et voici le rappel de trois de ses films : Les Chevaux de Dieu (20) Much loved (178) et Razzia (508). Les commentaires que ces brillants films provoquèrent s’appliquent encore dans ce dernier opus qui enrichit l’œuvre militante, courageuse, talentueuse et salutaire d’un homme qui utilise le cinéma de façon admirable. Avec l’aide de la monteuse belge Marie-Hélène Dozo dont le talent ajoute à la grande fluidité du film. L’un des moments très réussis est cette confrontation chorégraphiée de deux groupes de danseurs qui, dans la rue, se la joue West Side Story façon Afrique du Nord. Magnifique ! Et l’une des choses qui rendent le film très riche est la pluralité des points de vue, la culture du débat, la complexité, les contradictions qui sont évoquées richement et de façon pluraliste, rare dans ce milieu.
Un film qui devrait être vu par toutes celles et tous ceux que le mul-ticulturalisme intéresse, et parfois redoute, car il montre haut et fort que cette jeunesse est porteuse d’espérance.