Le titre est une contraction de « come on » une synérèse, une synalèphe ou un métaplasme, à vous de choisir avec l’aide de votre linguiste préféré. Ce titre a été traduit de façon pitoyable en France par Nos âmes d’enfants et au Québec par L’Instant même. C’est un peu comme Allez, viens, Jef, viens, façon Mon oncle d’Amérique puisque le personnage central est le frère de la maman d’un étonnant garçon de 9 ans. Le père est dans un état psychologique qui requière toute l’énergie de son épouse et celle-ci sollicite son frère célibataire pour s’occuper de son neveu, malgré une dispute qui a éloigné sœur et frère depuis un moment, suite au décès de leur mère. Joaquin Phoenix, cet immense acteur, est parfait dans le rôle de l’oncle nounou ; mais son personnage, un journaliste radio, ne varie guère et comme il est tout d’écoute, d’introspection, il finit par être répétitif et sans surprise. Le gosse, Woody Norman, est une magnifique découverte bien qu’il ait déjà tourné dans des séries américaines. Il est craquant !
Le métier de l’oncle l’amène à poser à de jeunes enfants des questions très « ouvertes » sur la perception qu’ils ont du monde, de leur bonheur, de leur avenir, etc. Et ça parle sans arrêt ! Autant au téléphone, qu’au micro ou lors d’échanges qui n’en finissent pas. Jusqu’à la dernière ligne du long générique de fin. Certes, les propos ne manquent pas d’intérêt mais c’est un peu décousu. Ce
qui évidemment retient l’attention, c’est le lien avunculaire qui se noue et se développe durant le récit de ce qui apparaît à certains égards comme un road movie puisque ces deux personnes voyageront dans des grandes villes américaines. Ils porteront un regard interrogateur sur tout et poseront mille questions aux réponses de nature bien différentes.
Ce film est le 4e de Mike Mills dont les thématiques sont liées à l’enfance, dans une ambiance psychologisante, comme je le soulignais dans mon commentaire de 20th Century Women (370) en remarquant déjà que ce film m’avait semblé bavard. Pourquoi C’Mon C’Mon est-il en noir et blanc ? Certes l’image est belle mais ce choix nous prive des ambiances nuancées et du plaisir de percevoir l’environnement que les protagonistes traversent de lieu en lieu. Le chef opérateur, Robbie Ryan, est un tout grand format du métier, utilisé e.a. par Ken Loach pour Jimmy’s Hall (048) et I, Daniel Blake (313) ou Yórgos Lánthimos pour The Favourite (584) ou encore Andrea Arnold pour American Honey (359) et sa maîtrise ici du noir et blanc est aussi spectaculaire que les images des autres films évoqués.
Si vous succombez à la sympathique sollicitation de suivre ces échanges et ce périple, come on, come on, apprêtez-vous à un film exigeant.